September

Dossier Woody Allen

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- Durée : 1h19mn

September dit la tristesse d’une fin d’été et de blessures que le temps ne refermera jamais. Woody Allen ne fait plus rire et on pleurerait presque devant tant de beauté.

En 1978, Woody Allen délaissait le rire une première fois avec Intérieurs, hommage à Ingmar Bergman. Neuf ans plus tard, il remettait ça avec September, la dureté et la gravité ayant laissé la place à la cruauté d’un huis clos de fin d’été dans une demeure de la Nouvelle-Angleterre.

Lane (Mia Farrow, émouvante de douleur contenue), qui a passé son enfance dans cette maison, est venue se ressourcer pour soigner sa dépression. Elle trouve un peu de soleil dans les bras de Peter, un écrivain qu’elle héberge. Mais l’ombre reviendra vite avec la trahison de son amie Stéphanie et, surtout, l’arrivée de sa mère, vieille actrice hollywoodienne. Dans ses bagages, son insupportable égoïsme et des plaies qui ne se sont pas refermées. Et qui, sans doute, ne se refermeront jamais.

Disant les doutes, les peurs, les regrets, la difficulté de vivre, d’aimer, de pardonner, September fait beaucoup penser à Tchekhov, La Cerisaie et Oncle Vania en tête. Mais à Tchekhov épuré de toute sa dimension comique, de toute la distance que le dramaturge mettait entre lui et ses pièces, qu’il considérait comme des comédies. Car ici, on ne rit pas. On souffre avec des personnages auxquels, dans la moiteur de l’orage, Woody Allen n’offre aucune respiration, aucune bouffée d’air. Il les tient enfermés - et nous avec - dans un cadre suffocant et angoissant, espace restreint dans lequel sa réalisation est une prouesse du genre.

Construit comme une tragédie classique (unité de temps, de lieu et d’action ; montée progressive du drame jusqu’à son éclatement), September est resserré jusque dans son format, quatre-vingts minutes à peine. Du concentré de drame d’autant plus douloureux que l’on sent que le bonheur est là, tout proche, ne serait-ce que dans la beauté des couleurs des soirs d’orage. On en ressort à la fois ébloui par tant de virtuosité et assommé par tant de tristesse, même si le titre - l’intrigue se passe en août - laisse espérer des jours meilleurs.

Frédéric Mairy




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