Une évocation fantasmée d’une affaire qui choqua la France des années 30. Inégal, malgré le sérieux de la reconstitution historique.
L’argument : Evocation de la vie de Stavisky, escroc assassiné en janvier 1934 dans un châlet de Chamonix après avoir émis de faux bons de caisse au Crédit municipal de Bayonne, avec l’évidente complicité d’une grande partie de la classe politique dirigeante...
Notre avis : Alors que la France entre en 1933 dans la grave crise économique internationale venue des Etats-Unis, éclate l’affaire Stavisky, invraisemblable histoire d’une gigantesque escroquerie réalisée avec l’appui de nombreux parlementaires corrompus. Cette monumentale arnaque fut menée par un homme connu des services de police, mais protégé par le pouvoir en place grâce à quelques judicieux dessous de table. Affaire classique de corruption ayant entraîné la chute d’un gouvernement et le déclenchement en février 1934 d’une vaste émeute antiparlementaire qui fit dix-sept morts et plus de deux mille blessés à Paris.Véritable révélateur de la crise des institutions de la IIIème République, l’affaire marqua les consciences.
Après cinq ans d’absence, le cinéaste Alain Resnais présente au festival de Cannes de 1974 sa version des faits, avec l’apport financier non négligeable de la star Jean-Paul Belmondo. Grâce à la présence de ce champion du box-office, Resnais bénéficie d’imposants moyens pour effectuer une brillante reconstitution historique, d’autant que le scénario est signé Jorge Semprun, auteur très en vogue grâce à ses brûlots politiques tournés avec Costa-Gavras. Voilà un projet qui sent donc le soufre et qui excite alors toutes les curiosités. Destabilisés par le parti-pris du metteur en scène de ne pas polémiquer, les festivaliers réservent pourtant un accueil glacial au métrage, suivi par une grande partie de la presse et des spectateurs. Ils sont à peine plus de 250 000 à se déplacer pour voir leur Bébel préféré dans un rôle totalement différent, soit bien trop peu pour rentabiliser l’investissement de la star.
Echec injuste certes, mais compréhensible au vu d’une oeuvre qui ne peut satisfaire personne. Ceux qui attendent un pamphlet politique n’y verront qu’une rêverie vaguement poétique sur le déclin des institutions, ceux qui veulent voir leur star sautillante en pleine forme se retrouveront devant un métrage terriblement bavard nécessitant de bien connaître la période historique évoquée pour comprendre quelque chose et ceux qui souhaitent ressentir un nouveau choc esthétique comparable à celui de Hiroshima mon amour (1959) découvriront un film en costumes à la lisière de l’académisme. Aujourd’hui, que reste-t’il donc de ce Stavisky ? Une première heure qui peine à dresser le portrait d’un homme très secret et qui n’entre jamais dans le détail des affaires de cet escroc de grande envergure. Lente et mal ficelée, cette évocation impressionniste prend enfin son envol dans la deuxième heure, où les enjeux deviennent plus clairs. Cette belle reconstitution essaye donc avant toute chose de réfléchir sur l’Histoire, opposant systématiquement le destin de l’escroc - parfait représentant des dérives du capitalisme - avec celui de Trotsky - figure emblématique des errances du communisme. Mais, on reste malgré tout sur notre faim puisque Resnais ne prend aucun risque et ne se hasarde à donner aucune hypothèse sur la mort très mystérieuse de Stavisky. Frustrante, mais également enrichissante, cette oeuvre inégale demande donc à être redécouverte.