Durée : 1h52mn
Au milieu de paysages grandioses, ce drame psychologique poignant se perd parfois dans des digressions inutiles. A découvrir tout de même.
L’argument : Jen aura quinze ans cette année. Depuis la disparition de son père, elle vit seule avec sa jeune mère Sarah, un peu à l’écart de Covina, petite ville d’Amérique du nord. Un jour Ian, le demi-frère de son père, s’installe dans leur grange pour prêter main forte. Jen est fascinée par cet homme qui ne semble appartenir à rien ni à personne. Cette présence inattendue va éloigner la mère et la fille.
Notre avis : Décidément fasciné par les pays étrangers, le cinéaste français François Rotger, après avoir exploré le Japon dans The passenger, son premier long-métrage, situe l’action de son nouveau film au Canada. Inspiré d’une histoire vécue par une de ses amies, Story of Jen parvient à susciter la curiosité grâce à un regard affuté porté sur la jeunesse et les rapports entre une fille et sa mère. Mise au ban de la société pour avoir enfantée à l’âge de quinze ans d’un père inconnu, la mère tente tant bien que mal de se faire la complice de sa fille, tout en l’enfermant progressivement dans sa névrose. Isolée au sein de ses camarades, l’adolescente ne semble guère souffrir de cet enfermement volontaire lorsqu’un élément perturbateur vient contrarier ce précaire équilibre. Un ami de la famille, ressemblant au père récemment décédé déclenche sans le savoir une infernale spirale de désirs refoulés qui va emporter les personnages vers un sombre destin.

Contemplatif, le film de François Rotger se regarde avec attention grâce à la présence d’une sourde violence qui émane de paysages pourtant paisibles en apparence, à l’image de la psyche complexe des protagonistes. Pourtant, si on est capté par les émotions contraires de l’ado ou encore de sa mère, magnifique Marina Hands, on reste bien plus réservé quant aux raisons profondes de l’intrus. Est-ce un maniaque pervers, un simple d’esprit ou une métaphore du désir incestueux refoulé ? Les pistes sont ouvertes, mais jamais creusées par un cinéaste qui préfère se concentrer dans la dernière partie sur une chasse à l’homme bien moins convaincante. Devenant tout à coup une sorte de néo-western, Story of Jen se perd en même temps que les personnages dans les espaces infinis traversés. Si l’on peut admirer certaines séquences - comme la confrontation entre l’homme et le cerf - le spectateur a toutefois la désagréable impression que l’auteur a oublié l’essence même de son histoire pour se faire plaisir. Ces quelques défauts ne doivent pourtant pas empêcher le public d’aller découvrir une œuvre ambitieuse, bien qu’inégale.
