Durée : 1h28mn
Yves Angelo plonge au cœur d’une relation exclusive entre une mère et sa fille et en tire une œuvre austère où plane l’ombre de Bergman.
L’argument : Dans une petite ville de province, Juliette vit seule avec sa fille Julie. Celle-ci est une musicienne prodige, d’une douzaine d’années, qui passe ses journées à jouer au piano. Julie représente ce que sa mère a toujours rêvé d’être, et l’image de cette perfection, obtenue avec une insolente facilité, devient de plus en plus lourde à porter.
Notre avis : Se relevant à peine d’échecs commerciaux aussi impitoyables qu’immérités, Yves Angelo trouve en la personne de Philippe Claudel un nouveau collaborateur de poids. Effectivement, l’univers de l’auteur des Ames grises s’accorde parfaitement avec celui du réalisateur de Voleur de vie (1998) comme en témoigne ce premier film en commun. Payant une fois de plus son tribut à Bergman, Angelo ausculte avec une précision chirurgicale les difficiles relations entre une mère possessive et quelque peu castratrice et sa jeune virtuose de fille. Avec une grande économie de moyens, le cinéaste nous immisce dans cette relation particulière mêlant amour exclusif et jalousie. Il lui suffit d’un seul décor principal dénudé, d’une petite caméra DV et de deux magnifiques actrices pour arriver à nous émouvoir, sans jamais recourir à des effets appuyés ou à des artifices mélodramatiques.
Marina Hands est une fois de plus admirable dans ce rôle délicat qui demande d’être constamment sur la corde raide, tandis que la jeune Anne Sophie Latour lui donne la réplique avec conviction. Elles portent littéralement le film sur leurs épaules et nous font partager les moindres doutes de leurs personnages névrosés. Le cinéaste maîtrise parfaitement la relation mère-fille et réalise une scène d’une grande beauté lorsqu’elles se rendent au sommet d’une montagne. En revanche, on le sent plus mal à l’aise en ce qui concerne les seconds rôles - l’ex-mari et la mère - simples figures périphériques qui manquent quelque peu d’épaisseur. Enfin, la musique est d’une importance capitale dans cette œuvre où la communication passe plus par les notes que par les mots : de Bach à Schubert en passant par Chopin, on ne compte plus le nombre de passages musicaux où transpire un amour inconditionnel pour le piano. D’une grande finesse psychologique, cette sonate d’hiver est donc à goûter sans aucune modération.
Cinéaste discret, Yves Angelo construit au fil des années une œuvre cohérente auscultant la noirceur de l’âme humaine hantée par la mort.