Le réalisateur de Quand j’étais chanteur et A l’origine dirige Kad Merad et Cécile de France contre le star system. Un résultat assez lambda pour une oeuvre qui défend "la banalité".
L’argument : Un anonyme devient soudain célèbre, sans savoir pourquoi.

Notre avis : Xavier Giannoli est un cinéaste ambitieux qui sait donner de l’ampleur à ses sujets. En engageant Kad Merad pour sa comédie (dramatique) qui se veut un hymne à la banalité, il démontre une fois de plus tout le pouvoir de persuasion de ses images. Plans scrupuleux et soignés, photographie qui accompagne chaque pas avec un effort louable... Il se dégage un talent indéniable chez Giannoli qui lui a permis d’être sélectionné par deux fois en compétition officielle à Cannes. A-t-il réussi pour autant Superstar, l’homme qui ne voulait pas être célèbre ? On reste mitigé... Mitigé car le sujet était solide et le réalisateur en a ressenti l’originalité et la nécessité de dramatiser ce qui pour beaucoup serait devenu une situation de rêve avec célébrité et argent facile à amasser : Martin, anonyme qui travaille auprès de gens souffrant d’handicaps, connaît du jour au lendemain, à partir de quelques clichés volés dans le métropolitain parisien une gloire foudroyante. Sans raison, sans talent caché, sans aucune explication logique... Les gens le harcèlent, le traquent pour obtenir ses autographes, transforment sa vie en un cauchemar permanent auquel Martin, soudainement en manque de banalité, ne peut échapper. Il est broyé dans un engrenage qui va lui valoir plus d’un coup.
Dans la mise en place d’un suspense kafkaïen où l’absurde nous interpelle et nous inquiète, Giannoli réussit parfaitement la mise en place de son sujet. Le drame, il connaît ça et cela lui réussit bien. Malheureusement, quand il s’agit de diriger un comédien essentiellement comique à la base (oui, oui, Kad a joué dans Je vais bien, ne t’en fais pas...), il n’est pas forcément le mieux placé. Le casting était évident, l’humoriste s’est bâti une carrière sur une image de normalité, volontairement beauf et sans prétention, loin du bling, du strass et des paillettes. Qui d’autre que lui pour incarner cet homme normal qui, soudainement, doit se faire le chantre, à la télévision et dans les médias racoleurs, de tous les anonymes qui croupissent à l’ombre des couvertures glamour et des spectacles de télévision étincelants ? Kad est souvent juste, mais dérape quand la colère et le désespoir accaparent son personnage. La scène du cri de révolte et de désespoir qu’il pousse lorsqu’il atteint le fond (enfin ce qu’il croit alors être le fond, car il va encore tomber plus bas), et qui va devenir de façon assez ridicule le cri de la nation anonyme, fait basculer le film dans la maladresse ou l’erreur de pilotage. De même, les scènes de foules grossissent vers l’improbable et la surenchère pour finalement desservir un sujet aux intentions trop claires, qui consiste à une critique radicale contre le système de médiatisation actuel et notamment d’internet, qui fait et défait la notoriété d’individus pas forcément prédestinés à la célébrité, puisque dénués du talent nécessaire pour marquer leur époque.
A force de surligner son message avec un comédien qui part un peu en roue libre (le climat de folie général ne justifiant pas cela), Giannoli, cette fois-ci, ne convainc guère. Reste la plastique évidente de sa réalisation, racée et en rien "normale"... Giannoli fait partie des grands, ça, on n’en doutera pas.
SUPERSTAR - Bande-annonce par wildbunch-distrib
