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Suspiria - la critique

Danse macabre

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Note moyenne des internautes :

- Durée : 1h38mn

Explosion de couleurs criardes, ce chef d’oeuvre de Dario Argento a marqué le genre horrifique par la puissance de ses images, de sa musique et un fétichisme fascinant.

L’argument : Suzy, une jeune Américaine, débarque à Fribourg pour suivre des cours dans une académie de danse prestigieuse. A peine arrivée, l’atmosphère du lieu, étrange et inquiétante, surprend la jeune fille. Et c’est là qu’une jeune élève est spectaculairement assassinée. Sous le choc, Suzy est bientôt prise de malaises. Et le cauchemar ne fait qu’empirer : le pianiste aveugle de l’école meurt à son tour, égorgé par son propre chien.... Suzy apprend alors que l’académie était autrefois la demeure d’une terrible sorcière surnommée la Mère des Soupirs. Et si l’école était encore sous son emprise ?

Notre avis : Devenu le grand spécialiste du giallo depuis le début des années 70 au point de signer une oeuvre maîtresse du genre (Les frissons de l’angoisse en 1975), Dario Argento se lance pour la première fois dans le fantastique pur avec cette histoire de sorcières maléfiques qui agissent au sein d’une école de danse. Se débarrassant désormais de toute explication rationnelle, Argento se libère du carcan cartésien pour approfondir ses recherches stylistiques et thématiques. Préocuppé par la notion de profondeur de champ, essentielle lorsque l’on sait que le film sera projeté sur un écran plat, le réalisateur ne cesse de développer le thème de la pénétration d’un solide ou d’une personne dans une surface a priori infranchissable. Les exemples abondent, aussi bien lors des meurtres (traversée de vitres, couteau qui se plante en plein coeur battant etc...) que lors des séquences - très nombreuses - de recherches dans des couloirs. La vérité se dérobe forcément à nos yeux de simples mortels et ne peut se découvrir qu’au prix d’un décryptage de signes obscurs qui nous mènent dans des espaces jusque-là inconnus (passages secrets entre autres). Aussi, comme souvent chez Argento, ce n’est pas tant la découverte finale qui compte (souvent décevante) que le parcours du personnage principal confronté à une énigme (celle de l’existence).
Cette obsession du décor se retrouve magnifié ici par les créations kitsch du décorateur Giuseppe Bassan et par les éclairages bariolés du grand Luciano Tovoli, en hommage direct aux innovations du maître transalpin Mario Bava. Ainsi, chaque plan est composé avec un soin maniaque, tandis que les différents meurtres sont amenés avec un sens du fétichisme extraordinaire. Encore une fois l’acte compte moins que sa préparation. Malgré cette lenteur de la progression narrative, Suspiria ne cesse de fasciner grâce à son brio formel et à la composition ambitieuse des Goblin, à la limite de la musique expérimentale. La jeune Jessica Harper incarne avec justesse et sensibilité cette Alice au pays des sorcières, tandis que Joan Bennett (connue pour ses rôles de femme fatale chez Fritz Lang dans les années 40) et Alida Valli (viscontienne dans l’âme) interprètent avec jubilation des suppôts du Mal. Bigger than life, baroque, limite rococo, Suspiria détonne complètement dans la production transalpine de l’époque et a imposé sur la scène internationale le nom d’Argento, faisant de lui un maître du genre. Premier volet d’une trilogie inégale, Suspiria est un pur chef d’oeuvre que l’ambitieux Inferno (1980) et le pitoyable Mother of tears (2007) ne parviendront jamais à faire oublier.

Virgile Dumez


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