Durée : 1h32mn
Une comédie prétentieuse qui se veut spirituelle mais qui n’accumule que les clichés.
L’argument : Frank et Madeleine sont un vieux couple heureux alors que leur ami Max court les maîtresses. Après la mort soudaine de Madeleine, Frank se sent perdu. D’autant que ce deuil réveille celui, bien plus innaceptable, de leur petit garçon tué pendant la guerre d’Algérie. Sa rencontre avec la boulangère Suzanne va progressivement lui redonner goût à la vie.
Notre avis : Viviane Candas place son second long métrage (après Les baigneuses sorti en 2003) sous le haut patronage du cinéma d’Eric Rohmer, de Raul Ruiz et d’Otar Iosseliani. Très nettement influencée par les œuvres de ses pairs, elle signe un film d’auteur très écrit qui s’inscrit dans la longue tradition théâtrale et récitative française, les comédiens déclamant leur texte de manière volontairement artificielle et décalée. S’inspirant des autres productions Paulo Branco, la cinéaste filme des personnages qui récitent d’un air pénétré des poèmes en grec et en latin au milieu de statues anciennes. Mais, on n’apprend rien de plus sur les protagonistes lors de ces séquences inutilement prétentieuses, Viviane Candas n’arrivant jamais à égaler ses prestigieuses références cinématographiques.
Prototype d’un certain cinéma snobinard rance, Suzanne est une œuvre de salon qui se voudrait spirituelle, mais qui brasse du vide avec la certitude de dire beaucoup de choses profondes : on y déclare que les anciens communistes sont devenus des bourgeois - madame, que c’est drôle ! - , que durant la guerre d’Algérie, la violence engendra la violence - que c’est pénétrant ! - ou encore qu’il faut profiter de la vie car elle passe vite - idée puissamment novatrice ! Cette multiplication de sentences définitives nous donne la désagréable sensation de regarder le film de quelqu’un qui s’écoute parler avec délectation. La réalisation insignifiante renforce cette sensation de vacuité qui étreint le spectateur très rapidement. On ne sauvera de ce naufrage suffisant que deux jolies séquences musicales nostalgiques mettant en scène la chanteuse Guesh Patti. C’est alors seulement qu’un peu de vie commence à s’immiscer dans ce divertissement d’une froideur rhétorique totalement factice. Pathétique.