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Synecdoche, New York - la critique + test DVD

Adaptation

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- Durée : 2h05mn
- Sortie du DVD : 7 octobre 2009

Le scénariste Charlie Kaufman passe à la réalisation avec une œuvre gigogne déconcertante, dont on retient surtout la beauté des décors surréalistes et le sentiment latent de dépression qui en découle.

L’argument : Caden Cotard, metteur en scène de théâtre, est en train de monter une nouvelle pièce. Mais travailler pour un public de petits vieux dans un obscur théâtre d’une banlieue de New York lui paraît bien terne. Sa femme, Adele, l’a quitté pour poursuivre sa carrière de peintre à Berlin, emmenant avec elle leur petite fille, Olive. Madeleine, sa psy, est plus occupée à faire la promo de son nouveau livre qu’à soulager ses angoisses. Sa liaison avec une belle et naïve jeune femme, Hazel, a tourné court. Et il est rongé par une mystérieuse maladie qui s’attaque à son système nerveux.
Pressé par la peur de mourir prématurément, Caden décide alors de tout quitter. Aspirant à créer une oeuvre d’une intégrité absolue, il rassemble quelques comédiens dans un entrepôt de New York. Il les met en scène dans une célébration de l’ordinaire, demandant à chacun de vivre une vie artificielle dans une maquette de la ville...

Notre avis : Echec aux USA en octobre 2008. Même sort en France en avril 2009. Synecdoche New York est complètement passé inaperçu en salles. Probablement trop abscons et sûrement trop dépressif pour le public, cette première réalisation de Charlie Kaufman, l’auteur déglingué de Dans la peau de John Malkovich, Eternal sunshine of the spotless mind ou encore Adaptation, synthétise pourtant tout ce qui a fait le succès de ses scripts. Une impression prégnante d’onirisme, des usurpations d’identité, une déstructuration extrême du récit...
Kaufman nous fait suivre ici la vie chaotique d’un dramaturge new-yorkais, rongé par la solitude, depuis l’abandon de sa femme artiste partie pour l’Allemagne avec leur fille, et par la peur hypocondriaque de la maladie. L’impressionnant Philip Seymour Hoffman prête sa carcasse et son mental à ce personnage typique de la scène arty new-yorkaise, qui se retrouve ici baladé pendant 40 ans dans ses songes, ses craintes et sa boulimie artistique. A fond dans le délire narcissique, son personnage met en scène l’histoire de sa vie, dans un gigantesque hangar, une pièce métaphorique préparée sur des décennies dont on ne voit jamais l’aboutissement, si ce n’est, on l’imagine, à la mort de son auteur.
A travers cette idée de départ, Kaufman développe un script nébuleux où chacun change de nom et de visage, et où les métamorphoses troublantes sont multipliées par des mises en abîmes ahurissantes, à l’échelle d’un entrepôt de 18km de long pour accueillir la reconstruction d’un quartier de New York. Il filme un rêve absurde long de plusieurs décennies dans lequel les clones de clones apparaissent et disparaissent dans une danse à la vie troublante. L’auteur doit accepter à n’être qu’une variante psychologique dans une humanité globale, définie par sa mortalité.
Disant de manière complexe des choses évidentes qui confinent à l’universalité, Kaufman joue de la métaphore et du surréalisme pour noyer son message simple dans l’esprit du spectateur. Il transcende l’existence de son protagoniste pour l’encadrer dans un décor gigogne sans fin, à l’image de la magnifique affiche qui sert à juste titre d’illustration visuelle au film. Si le procédé et la plupart des caractères sont des artefacts d’une scène artistique que l’on ne connaît que trop bien, on est inévitablement séduit par la splendeur des images et des décors, qui vont jusqu’à offrir un magnifique plan apocalyptique sur la fin. Grande réussite du film, ils imprègnent notre esprit d’une dépression contagieuse, qui n’est pas sans rappeler celle de Mary & Max.


Le DVD

Une édition qui rend un bel hommage au travail de Kaufman.

Les suppléments

Malgré l’échec en salles, l’éditeur Océan Films approfondit notre vision du métrage grâce à trois documents des plus intéressants.
Tout d’abord, Autour de Synecdoche, New-York (18mn), permet à l’équipe du film de revenir sur ce projet irrationnel. L’on parcourt en 18mn les intentions du cinéaste, le regard des comédiens et celui du producteur sur cette œuvre atypique. L’on nous évoque la complexité des décors et des effets spéciaux, mais également des maquillages consistant à vieillir les personnages.
Le 2e module s’intéresse au protagoniste principal, Caden Cotard. Il est analysé par son interprète, le formidable Philip Seymour Hoffman pendant 12mn. Une introspection intéressante accompagnée de remarques pertinentes sur la relation que le comédien a entretenu avec les - nombreuses -actrices du film.
Enfin le Masterclass de Charlie Kaufman est un gros morceau de 27mn où le cinéaste est invité à répondre devant un public de fans, à des questions sur sa carrière télé, et ses expériences de scénariste de cinéma (notamment pour Dans la peau de John Malkovich et Adaptation). Seules 5mn sont consacrées à Synecdoche, New York.
Une bande-annonce et des filmographies complètent cette section bonus.

Image

C’est la claque du DVD. Les images sont époustouflantes de beauté. Elles retranscrivent le grain cinématographique du métrage à la perfection, offrant des ambiances visuelles fines. La texture des peaux s’approche souvent d’un rendu blu-ray et le détail est profus. Une vraie majesté qui sublime une œuvre esthétiquement complexe qui méritait bien pareille attention de la part de son éditeur.

Son

Encore une fois, c’est la finesse qui l’emporte avec une retranscription par touche d’un univers ouaté et mélancolique. Le 5.1 Dolby Digital en VO (pas de VF sur cette édition destinée à un public exigeant) dispose brillamment du score et des dialogues, offrant une vraie limpidité sans jamais recourir aux effets pompeux.

Frédéric Mignard




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