Durée : 1h30mn
Sortie vidéo : le 21 juillet 2010
Dans son très mauvais genre, The collector est un chef d’œuvre d’ambiance et d’esthétique qui convie aussi bien le torture flick à la Saw que le giallo de Dario Argento.
L’argument : Recherchant désespérément à rembourser ses dettes auprès de son ex-femme, Arkin se décide à cambrioler la maison de campagne de son nouvel employeur. S’introduisant dans la demeure, il se retrouve à la merci d’un tueur masqué qui a mis en place un jeu de pièges mortels dans toute la maison...
Notre avis : The collector, un torture flick de plus ? On pourrait le penser au premier abord. En découvrant à l’écriture les noms de Marcus Dunstan (ici également réalisateur) et de son acolyte de toujours Patrick Melton, on retrouve surtout aux commandes les scénaristes de Saw 4, 5 et 6. D’autant plus que le scénario, à base de jeux de mutilation posés par un tueur sadique dans une gigantesque demeure, rappelle inévitablement les idées tordues de Jigsaw.
Pourtant, on passera vite les inévitables ressemblances au genre peu reluisant qu’est le film de torture. Si on écarte l’incongruité scénaristique de base, commune à toute la saga Saw - comment est-ce qu’un pauvre gars réussit en si peu de temps à mettre sur place un tel dispositif de pièges tortueux dans un seul et même endroit ( !) -, les auteurs ont eu ici tout juste, souhaitant visiblement marquer le cinéma d’épouvante de leur patte d’une terreur nouvelle. Intriguer via un récit inattendu ; provoquer le malaise à travers des crimes particulièrement rebutants ; susciter l’émotion esthétique en sublimant la mise en scène. A ce niveau, d’aucuns parleront de réalisation clippesque, d’autres préfèreront souligner les influences énormes du giallo façonné par Dario Argento dans les années 70.
Dans tous les cas, The collector s’insinue avec singularité, attisant une curiosité toujours plus forte. Constamment riche en surprises et en idées visuelles brillantes, le film épate autant par son ingéniosité qu’il terrifie par sa mise en œuvre du suspense. Le film dispose de 15 minutes pour introduire de façon atypique le protagoniste principal, un antihéros. Ce protagoniste, défini comme un looser, est d’abord présenté un instant comme un pédophile en puissance, puis comme un père de famille pathétique qui promet à son épouse de lui ramener un butin pour éponger ses dettes, et finalement se retrouve à commettre un cambriolage dans la maison où le tueur à décider de sévir. Grâce au talent du comédien, qui rappelle souvent Edward Norton, physiquement et dans son intériorité de jeu, on est captivé par cette introduction à laquelle succède l’action à proprement parlé. Un jeu de massacre dans une maison de l’horreur où l’absurde (les pièges tendent vers le fantasme de scénariste) côtoie le meilleur du suspense.
La maison est un gigantesque décor, faite d’escaliers, de placards, de paliers, où tout devient possible. Un téléphone clouté pour mutiler l’oreille, de l’acide sur le sol d’une chambre pour rogner les pieds, des luminaires aiguisés au couteau pour trancher les imprudents... La propriété est dominée par une caméra virtuose, qui ne s’adonne jamais à l’hystérie ou aux accélérés ineptes de la saga (Saw) ; par ailleurs on n’y retrouve pas non plus le grain cracra de la célèbre franchise. Le lieu devient un piège ultime où l’on se surprend à toujours découvrir davantage de folie et de malaise, alors que la métaphore de l’insecte domine les lieux. Comme des mouches dans une toile d’araignée, les personnages sont voués à une mort inéluctable. Le spectateur témoin n’est guère dans une posture meilleure. Les images confinent au sublime, mais la projection n’en demeure pas moins malaisée, mais pas glauque. Le propre d’un excellent film d’horreur en tout cas. Et celui-ci l’est définitivement.
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