Durée : 1h35mn
Année de production : 2008
Le cinéaste Dagur Kari confirme les espoirs placés en lui avec ce troisième opus qui s’impose immédiatement comme son meilleur à ce jour. Entre humour et émotion, The good heart devrait vous cueillir par surprise.
L’argument : Lucas, un garçon marginal, rencontre par hasard Jacques, un patron de bar grognon affaibli par cinq attaques cardiaques. Sachant que ses jours sont comptés, Jacques décide de prendre sous son aile Lucas. Tout se passe selon ses souhaits jusqu’au jour où April, une jolie hôtesse de l’air un peu éméchée, fait irruption dans le bar....

Notre avis : Visiblement attiré par les losers et les marginaux en tous genres, le cinéaste Dagur Kari a prouvé avec ses deux premiers longs métrages une réelle capacité à capter le quotidien de personnages décalés par rapport à la vie de tous les jours. Il manquait toutefois à Noi albinoi et à Dark horse une structure narrative ferme qui puisse soutenir la caractérisation de personnages intéressants. En s’exilant aux Etats-Unis afin de tourner un petit film urbain indépendant, l’islandais déglingué n’a rien perdu de son humour, ni de sa tendance naturelle au décalage. Mais cette fois-ci, il s’appuie sur une histoire bien plus construite qui débouche sur une ode à la vie particulièrement touchante. Pourtant, le sujet était périlleux et pouvait aisément tomber dans le mélo sirupeux. A partir d’une situation classique qui tient du cliché (la rencontre amicale entre deux losers qui vont peut-être être séparés par l’intrusion d’une femme), le cinéaste dynamite chaque scène par un humour absurde bienvenu. Il recrée avec beaucoup de talent le microcosme d’un bar de quartier délabré et ajoute quelques séquences ouvertement arrosées, dans le plus pur style d’un Aki Kaurismaki.

Pourtant, loin de singer son illustre aîné, Dagur Kari trouve progressivement sa petite musique personnelle et parvient à parler de bonté, de gentillesse et d’actes de charité sans jamais tomber dans un angélisme béat ou une quelconque religiosité déplacée. Avec une certaine subtilité, il décrit de manière très juste des sentiments aussi universels que l’amitié, l’amour et la compassion. Il est magistralement servi par l’interprétation inspirée de Paul Dano (en Pierrot lunaire) et de l’immense Brian Cox, dont on sent chaque hésitation derrière son masque d’homme bourru. Enfin, notons la présence de notre Frenchie Isild Le Besco, dans un rôle aux antipodes de ce qu’elle fait d’habitude. Ici, point de crises d’hystérie puisqu’elle incarne une jeune femme timide, mais déterminée. Le retournement de situation final, à la fois tragique et poétique, confirme le talent d’un cinéaste qui, progressivement, affirme sa singularité au fil d’une œuvre de plus en plus passionnante.

Par Camilla Lopez
Personnages faussement concepts et sans relief, collage post-it d’idées estampillées sympa et cool ; voici The good heart, film de papier, cinéma en carton. A peu près ce que le cinéma "indépendant" américain peut avoir de plus affreux à offrir.