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Durée : 1h15mn
Titre original : The lodger - A story of the London fog
Cette œuvre fondatrice de l’univers du maître du suspense est un chef-d’œuvre d’expressionnisme à revisiter d’urgence.
L’argument : Un mystérieux tueur assassine des jeunes femmes aux boucles dorées chaque mardi soir en plein cœur de Londres. Au même moment, un étrange garçon veut louer une chambre dans une pension où il exige de décrocher tous les portraits de femmes blondes. Les soupçons se portent automatiquement sur lui...
Notre avis : Ce troisième film d’Hitchcock peut être qualifié d’œuvre fondatrice pour celui qui allait devenir un des cinéastes majeurs des quarante années à venir. Effectivement, on repère la naissance de tous les thèmes chers au maître anglais : ambiguïté des personnages ; multiplicité des points de vue qui amènent à une autre interprétation des scènes précédentes ; fétichisme prononcé (femmes blondes et menottes seront des motifs récurrents de son cinéma). Inspiré par l’expressionnisme allemand, Hitchcock utilise à merveille les images déformées, les contrastes appuyés et déploie déjà un savoir-faire impressionnant. Les idées de mise en scène pullulent comme celle de faire marcher l’acteur sur une plaque de verre afin de donner l’impression que les personnages voient à travers le plafond de leur appartement.
Mais la puissance de The lodger (1927) vient également de l’interprétation totalement hallucinée d’Ivor Novello, véritable star de la chanson en Angleterre. Celui-ci prête ses traits androgynes à ce personnage marqué par une certaine ambiguïté sexuelle. Hitchcock, par des moyens détournés, évoque ici l’homosexualité et le jugement sévère de la société envers cette "différence". Une fois de plus, le cinéaste aborde la notion de culpabilité (réelle ou fictive) aux yeux d’un peuple aveuglé par la haine et par une moralité de façade. En cela, la scène finale de lynchage est d’une force incroyable, même si elle est ternie par un happy-end peu crédible, imposé par le producteur. Hitchcock souhaitait pour sa part garder un certain doute sur l’innocence du personnage principal, ce qui aurait été bien plus intéressant d’un point de vue thématique. Enorme succès à sa sortie, The lodger a permis à son auteur de continuer à travailler en tournant des films commerciaux traditionnels. Il devra attendre plusieurs années avant de pouvoir réaliser des œuvres plus personnelles. De toute sa période muette, ce troisième opus est le seul que le maître du suspense n’a pas renié, et, au vu du résultat, on le comprend aisément.