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The naked kiss (Police spéciale) - la critique

Prenez garde à la sainte putain

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- Durée : 1h30mn
- Titre original : The naked kiss

Une attaque en règle contre l’Amérique des apparences et de la bonne conscience. Souvent jubilatoire.

L’argument : Kelly, prostituée, décide de retrouver sa liberté et de changer de métier. Elle s’installe dans une petite ville tranquille où elle devient rapidement une infirmière pour enfants handicapés. Pourtant, un flic véreux connaît son passé...

Notre avis : Le cinéaste Samuel Fuller, à la filmographie très controversée, a toujours fait preuve d’une indépendance à toute épreuve dans le milieu du cinéma. Ecrivain à part entière de la quasi-totalité de ses scripts, mais aussi producteur de ses propres films, Fuller n’est pas homme à accepter la moindre concession. Après le coup de poing que représente Shock corridor (1963), il retrouve l’actrice et chanteuse Constance Towers et lui donne un rôle en or de prostituée repentie.
La scène inaugurale, d’une hystérie tétanisante, donne immédiatement le ton d’une œuvre qui ne sera visiblement pas conventionnelle. Après ce coup d’éclat qui permet de capter instantanément l’attention du spectateur, Fuller installe doucement son histoire, particulièrement perverse. On croit un instant que le metteur en scène a trempé sa plume dans le miel (les scènes très mièvres avec les enfants handicapés), mais cela finit par servir son propos subversif. Car Fuller ose tout et dynamite la bonne conscience américaine avec une jubilation non dissimulée.
Ainsi, derrière l’apparente tranquillité de cette petite bourgade, se cachent de lourds secrets inavouables où personne ne joue franc jeu. La gentille infirmière que tout le monde prend pour une sainte se trouve être une ancienne prostituée, le gardien de l’ordre est en réalité un souteneur, tandis que le riche bienfaiteur, créateur d’une fondation pour enfants handicapés, se révèlera être un odieux pédophile. Derrière l’hypocrisie générale, l’auteur révèle les pulsions enfouies en chacun de nous. Grâce à la très belle photographie noir et blanc de Stanley Cortez, The naked kiss (1964) est aussi un bel objet formel, soutenu par une interprétation de qualité de la part d’Anthony Eisley et Michael Dante, tous deux acteurs de télévision. Mais la révélation du film est sans conteste Constance Towers qui porte sur ses épaules un rôle pourtant difficile. Œuvre profondément originale, The naked kiss, abusivement appelé Police spéciale en français, est un faux film policier, mais une vraie bombe lancée à la figure de la bonne conscience américaine.

la bande-annonce : ICI

Virgile Dumez




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