Durée : 1h53mn
Le nouveau film du réalisateur de Billy Elliot et The hours est une émouvante histoire d’amour sur fond d’Holocauste qui laisse un goût amer à la bouche, malgré la présence déterminante de Kate Winslet, Oscar de la meilleure actrice.
L’argument : Allemagne de l’Ouest, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Un adolescent, Michael Berg, fait par hasard la connaissance de Hanna, une femme de trente-cinq ans dont il devient l’amant. Commence alors une liaison secrète et passionnelle. Pendant plusieurs mois, Michael rejoint Hanna chez elle tous les jours, et l’un de leurs jeux consiste à ce qu’il lui fasse la lecture. Il découvre peu à peu le plaisir qu’elle éprouve lors de ce rituel tandis qu’il lui lit L’Odyssée, Huckleberry Finn et La Dame au petit chien. Hanna reste pourtant mystérieuse et imprévisible. Un jour, elle disparaît, laissant Michael le coeur brisé. Huit ans plus tard, devenu étudiant en droit, Michael assiste aux procès des crimes de guerre Nazi. Il retrouve Hanna... sur le banc des accusés. Peu à peu, le passé secret de Hanna est dévoilé au grand jour...

Notre avis : Non sans finesse, Stephen Daldry, le réalisateur de The hours s’est attelé à l’adaptation du best-seller allemand de Bernhard Schlink, Le liseur. Comme dans le livre, on retrouve le récit élégant et sensuel d’un adolescent bourgeois de l’après-guerre qui découvre l’amour et les plaisirs charnels dans les bras d’une mystérieuse femme vivant dans un quartier populaire. Très vite, l’amourette initiatique déborde et devient une métaphore sur la nécessité pour l’Allemagne de se reconstruire en pansant par la sentence ou le pardon les plaies béantes laissées par les crimes contre l’humanité. Ainsi, quelques années après le torride été, l’ado devenu étudiant en droit découvre que sa fugace bien-aimée, disparue aussi vite quelle n’était apparue dans sa vie, était une S.S., froide et implacable, obéissant aveuglement aux ordres meurtriers et inhumains de ses supérieurs, car après tout, c’était la guerre ! Le jeune homme est alors anéanti, tiraillé entre son envie de sauver celle qui l’a initié à la passion et son dégoût pour cette figure du Mal.
Avec une mise en image subtile et langoureuse, qui n’est pas sans rappeler celle de The hours, et des boucles musicales enveloppantes qui génèrent la même emphase émotionnelle que celles de Philip Glass pour ce même film, l’adaptation de The reader est une œuvre souvent magnifique qui tente d’expier dans le mélo cathartique, le drame de vie gâchées - l’étudiant sera brisé par cette révélation et se fermera à jamais aux autres ; la SS emmurée dans son manque de culture et l’ignorance se retrouve confinée dans une geôle...
Mais en toile de fond, le souvenir ineffaçable de l’horreur du génocide demeure et la tentative de pardon envers les bourreaux devient aussi maladroite que politiquement incorrecte. Daldry pose la question de la légitimité du pardon sans en donner la réponse et évite ainsi bien des écueils. Pourtant le malaise demeure, l’ancienne SS, magistralement incarnée par Kate Winslet (oscarisée à l’occasion), broyée par sa propre ignorance lors du procès, provoque chez le spectateur des émotions de compassion alors qu’on est conscient qu’elle a commis l’irréparable. Une forme de chantage sentimental qui laisse perdurer le goût amer de la contradiction longtemps après la projection.


Par esdez
Enfin du cinéma plaisir. Quel bonheur de ressentir la naissance de l’amour entre deux êtres simples qui, s’il n’y avait les aléas sociétaux ne devraient que se consacrer à l’Amour. Quel plaisir ensuite de constater que certains(dont le cinéaste) sont capables de respirer l’amour exacerbé par l’impossibilté de la présence et de nous le restituer par la grâce des acteurs totalement imprégnés par leur histoire.Qu’il est doux d’aimer un souvenir, qu’il est nécessaire aux vrais amoureux de penser la présence de l’autre par tous les (...)
Par roger w
Académique, classique ou tout simplement beau ? Personnellement, je trouve qu’un film qui sait provoquer une telle émotion ne peut pas être réduit à de telles étiquettes. Plongeant dans les ambiguités de l’histoire, Daldry livre une excellente adaptation du roman, à la fois sensuelle et passionnante. La seconde partie nouspermet d’assister à une magnifique histoire d’amour, pudique et pas si simple que cela. Un grand moment de cinéma, porté par des acteurs (...)
Par Norman06
La première heure est une agréable romance, dont l’atmosphère sulfureuse et érotique rappelle Le Diable au corps. Le récit se noie ensuite dans l’académisme du mélodrame juridico-sentimental, avec ce qu’il faut de violons, de maquillage d’acteurs vieillis, de simplification historique et de coups de théâtre prévisibles. Mais rien que pour les acteurs et la photo, cette machine à oscars mérite le détour et permettra 2 heures de (...)