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Torpédo - la critique

La vie est belge !

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Un premier film tendre et vache à la fois, dans la lignée de ce que nous offre le cinéma belge depuis une quinzaine d’années. Audrey Dana et François Damiens sont magnifiques.

L’argument : Michel Ressac, 35 ans et sans situation précise, passe son temps à ne rien réussir… Sa vie va pourtant changer du tout au tout quand un matin un appel téléphonique va lui annoncer qu’il vient de gagner le repas de sa vie avec son idole Eddy Merckx. C’est pour lui l’occasion inespérée de se "rabibocher" avec son père avec qui, à son grand regret, il ne partage plus grand chose mis à part la passion du vélo...

Notre avis : Qu’est-ce qu’un Torpédo ? C’est un vélo muni d’un système de rétropédalage, très populaire en Belgique surtout auprès des cyclistes en herbe. Le principe est simple : il faut toujours pédaler pour avancer sous peine de s’arrêter net et de tomber, contrairement aux vélos en roue libre. C’est bien là le problème de Michel Ressac qui s’entête à pédaler dans la semoule, à aller de l’avant sans savoir vraiment où il met les pieds, pour finalement toujours revenir à son point de départ comme le fait la marée joliment suggérée par son nom de famille. Heureusement, la perspective d’un repas avec Eddy Merckx (!) et une folle virée vers Brest avec sa famille « recomposée » vont enrayer cette spirale infernale.
Pour tous les amoureux du cinéma belge, ce film ne sera pas une surprise. On peut même parler d’une certaine routine dans le belgitude. Des paumés gentiment farfelus empreints de tendresse vacharde qui errent et se lancent dans des quêtes improbables pour trouver un sens à leur vie, on en a déjà vu passer pas mal, ne serait-ce que dans les films de Benoît Mariage. La différence se situe peut-être dans un certain manque d’ambition qui, selon les attentes de chacun, sera soit une qualité propre à une liberté revendiquée au service d’une interprétation sans faille, soit un défaut lié à une paresse patentée dont la forme du road movie en serait l’illustration principale.
En ce qui nous concerne, nous opterons pour le verre à moitié plein tant le couple Damiens/Dana nous a réjoui. Le premier enchaîne les rôles « sérieux » depuis quelques films et nous offre ici une composition tragicomique remarquable de loser attachant doté d’un optimisme irrationnel et amoral sans limite. Mais c’est Audrey Dana qui est véritablement stupéfiante dans la peau de cette femme dissimulant un amour qu’elle pense honteux derrière une colère volcanique de façade dont chaque éruption nous emporte dans un torrent de rires. Cette façon qu’elle a de marmonner comme un leitmotiv désabusé et incrédule l’expression « Putain, Michel Ressac… » est vraiment jubilatoire. D’ailleurs, les dialogues sont dans l’ensemble savoureux et parviennent à éclipser les quelques faiblesses de ce premier film, notamment certaines ficelles émotionnelles ostentatoires bien que jamais larmoyantes. Alors, n’hésitez pas, offrez-vous une échappée belge !

Sébastien Mauge




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