Formellement abouti, ce premier film qui cherche à abolir la frontière entre documentaire et fiction est parfois trop conscient de sa forme au détriment du fond. Pour amateurs de cinéma contemplatif et exigeant.
L’argument : Elle a 81 ans et elle danse encore. Au Brésil, Bastu vit au rythme des fêtes de son village, de la musique traditionnelle, de ses imaginations surréalistes et des rêves qui ont composé sa vie. Un matin, elle découvre son mari décédé dans son sommeil. Malgré le deuil soudain et l’impression de réapparitions incessantes, elle conserve tout son esprit, ses notes d’humour, son envie de s’amuser et de vivre.
Notre avis : Venant tous les deux du court-métrage, les réalisateurs de Tourbillon abordent pour la première fois le long avec une ambition démesurée, effectuant un grand écart étonnant entre une approche documentaire et une évidente volonté de poétisation du réel. Ainsi, ils ont construit l’intégralité de leur film en fonction de leurs acteurs, tous non-professionnels, qu’ils filment dans leur intimité réelle. Ils s’immiscent avec une aisance confondante dans le quotidien de petites gens habitant l’une des régions les plus pauvres du Brésil, le Sertao. Ils nous convient notamment à écouter les chants traditionnels de cette région lors de fêtes villageoises filmées sur le vif, mais aussi à partager les joies et misères de la population locale. Toutefois, cet aspect documentaire est systématiquement remis en question par l’intrusion d’éléments dramatiques (la mort de l’époux) ou poétiques (le fantôme supposé du mari qui hante la maison) qui abolissent la fine frontière entre fiction et réalité.
Pétri de références prestigieuses, le travail des deux novices se glisse dans les pas rigoureux de cinéastes aussi intransigeants que Carlos Reygadas, Nuri Bilge Ceylan ou encore Apichatpong Weerasethakul. Sublimé par une photographie très travaillée, Tourbillon offre de purs moments contemplatifs qui devraient bouleverser tous les amateurs de cinéma exigeant. Grâce à une attention maniaque apportée à la prise de son, les auteurs parviennent à saisir les moindres nuances d’un intérieur et à faire des éléments naturels une symphonie. Autant d’éléments qui font de cet hymne à la vie une expérience sensorielle unique.
Toutefois, il n’est pas interdit de trouver que ce très bel édifice formel tourne quelque peu à vide. Effectivement, sans doute trop préoccupés par la technique, les cinéastes n’ont pas vraiment su nous faire partager la psychologie de personnages qui nous restent étrangers de bout en bout. Dépourvu du moindre scénario, le film n’est finalement constitué que de saynètes plus ou moins inspirées qui ne débouchent que sur une célébration de la vie, certes enthousiasmante sur le papier, mais trop peu incarnée à l’écran. Au fil des bobines, il est donc fréquent de trouver le temps long, d’autant que le spectateur ne dispose d’aucun élément narratif fort auquel se raccrocher. Formellement brillant, Tourbillon tourne un peu trop rapidement à l’exercice de style et laisse un peu trop souvent le spectateur sur le carreau pour passionner entièrement. Si la vie est effectivement belle, elle est souvent tumultueuse. Elément que semblent avoir oublié les auteurs de ce long fleuve un peu trop tranquille.
