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Une poule, un train... et quelques monstres - la critique

Petites misères sexuelles

- Durée : 1h59mn
- Titre original : Vedo nudo

Film à sketchs qui alterne idées cocasses, humour noir et moments touchants, Vero nudo est un portrait au vitriol de la société italienne des années 60 et de son rapport contradictoire avec le sexe. Inégal, mais souvent brillant.

L’argument : Un blessé conduit à l’hôpital par une diva, un paysan aux tendances zoophiles, deux homosexuels qui se rencontrent, un monstre et une pucelle, un cheminot qui chérit sa locomotive... Tant d’histoires et de personnages différents qui composent ce film à sketchs.

Notre avis : Après avoir tourné bon nombre de comédies populaires dans les années 50, le réalisateur Dino Risi a peu à peu acquis le statut d’un auteur au ton sarcastique et à l’humour noir dévastateur. Des œuvres comme Le fanfaron (1962) et Les monstres (1963) ont révélé son goût pour la méchanceté et l’analyse sociologique empreinte de pessimisme. Le très gros succès remporté par ces fameux Monstres le pousse à tourner exclusivement des films à sketchs durant les années 60. Dans cette production pléthorique et foncièrement inégale, Vedo nudo (1969) peut apparaître comme un aboutissement de la démarche artistique du cinéaste. Associé une fois de plus au génial comique Nino Manfredi, Dino Risi se penche ici sur les petites misères sexuelles d’une poignée de personnages qui n’ont finalement rien de monstrueux (comme le suggère pourtant l’opportuniste titre français). Auscultant comme toujours la société italienne dans son ensemble, le réalisateur dresse un portrait pour le moins étonnant et touchant d’un pays qui se lance à corps perdu dans l’exploitation du sexe, alors même que les interdits religieux demeurent prégnants.
Si les sept sketchs proposés ne sont pas d’égale qualité, le film vaut bien plus que la somme de ses parties et finit par donner l’image pertinente d’une société en pleine contradiction. D’un côté, les médias ne cessent de vendre du sexe facile à l’ensemble d’une population machiste (cela est démontré avec force dans les premier et dernier segments), mais de l’autre, le moindre écart vis-à-vis de la norme est inlassablement condamné. Ainsi, Dino Risi signe quelques beaux portraits de personnages marginalisés par leurs goûts sexuels : du zoophile qui convole en juste noce avec une poule au fétichiste des trains en passant par le voyeur pris à son propre piège, Risi se moque des travers de ses contemporains sans jamais les condamner. D’ailleurs, le plus beau segment sobrement intitulé Ornella évoque avec une réelle tendresse le cas de l’homosexualité, encore dissimulée sous peine d’être rejeté par une société patriarcale intolérante. Le talent de Nino Manfredi explose dans ce long segment particulièrement touchant où il incarne avec une grande sensibilité un agent des postes nommé Hercule (symbole masculin par excellence) qui se travestit une fois rentré chez lui et devient la solitaire Ornella. Obligé de vivre dans le mensonge et la dissimulation, ce très beau personnage finira par rencontrer l’âme sœur dans une dernière séquence très émouvante qui démontre l’extrême sensibilité de Dino Risi. Assurément le point fort de ce joli film inégal, Ornella est un petit bijou qui vaut à lui tout seul le déplacement. Les amateurs de comédie à l’italienne ne doivent donc surtout pas rater la reprise au cinéma de ce petit classique à partir du 3 août 2011.

Virgile Dumez

Biographie

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