Durée : 1h35mn
Le dernier divertissement de Thomas Gilou offre son lot de bons moments de comédie sans chercher à côtoyer les sommets de l’hilarité. On notera surtout le retour réussi de Pierre Richard en haut de l’affiche après plus d’une décennie de seconds rôles.
L’argument : Alice, jeune stagiaire dans un magazine people, se prend d’affection pour son voisin de palier, Victor, charmant vieillard érudit abandonné de tous et sur le point d’être expulsé de son logement. Elle va bientôt trouver une solution à son problème : organiser un concours au sein de son journal dont le gain sera l’adoption de Victor. A l’issue du casting, c’est la famille Saillard qui gagne le droit de l’accueillir. Mais l’arrivée du sémillant octogénaire, censée apporter joie et bonne humeur, tourne rapidement à l’aigre. Les failles de chacun éclatent au grand jour et bouleversent le cadre d’une famille qui semblait pourtant bien sous tout rapport...
Notre avis : Cela faisait très longtemps que Pierre Richard n’avait pas porté une comédie sur ses épaules. Ce n’est pas qu’il est le seul nom à donner de l’allure au casting (il est accompagné de Lambert Wilson, Clémentine Célarié, Antoine Duléry et Sara Forestier), mais son personnage offre tout de même son nom au film (« Victor ») et toute l’intrigue comique porte sur le mystérieux vieillard qu’il interprète, un vieux tantôt attendrissant, tantôt manipulateur. Il va d’ailleurs mener la vie dure à une famille de bourgeois qui hérite de sa vieille carcasse à la suite d’un jeu d’adoption ridicule dans un canard people infâme. Loin du personnage mythique du gentil imbécile gaffeur des comédies de Veber et d’Yves Robert, le comédien revient plutôt à l’ermite hirsute qui caractérise sa carrière depuis plus de dix ans. Ainsi, ne le trouve-t-on pas seul, physiquement proche du marginal, dans une chambre de bonne lugubre, abandonné de tous et au bord de l’expulsion, avant son adoption providentielle chez les bourges ?
Cette réappropriation du premier rôle fait immédiatement plaisir et, pour sûr, crée des situations savoureuses. Le vieillard s’amuse à gangréner une famille trop lisse de l’intérieur et ébranle par la même occasion les plans les plus vicieux du rédac en chef de l’hebdomadaire à scandale qui l’a révélé. Prêt à tout pour vendre sur son nom, le journaliste sans scrupule se tape notamment la mère bourgeoise frustrée, pour mieux imposer le rebus de la société au sein de sa chaleureuse famille modèle et ainsi tirer profit de la célébrité du chouchou de ses lecteurs. Dans le rôle stéréotypé du rédacteur en chef, Lambert Wilson incarne avec plaisir l’avidité sardonique, tandis que la bobonne à convaincre par des parties de jambes en l’air n’est autre que Clémentine Célarié. Celle-ci, devenue très rare à l’écran, propose un jeu rangé (déjà elle faisait montre d’une grande sobriété dans La différence, c’est que ce n’est pas pareil), mais suffisamment juste pour nous faire esquisser quelques sourires.
Au final, ce petit jeu de l’exploitation où chacun manipule l’autre pour parvenir à ses fins (vendre son torchon, payer sa piscine ou vivre une nouvelle jeunesse, mais dorée cette fois-ci), n’est jamais bien méchant et tout juste cynique, mais il se regarde sans déplaisir pour le jeu calibré de comédiens qui commençaient sérieusement à nous manquer (Pierre Richard en premier). Il confirme une fois de plus l’aisance du réalisateur Thomas Gilou dans son genre de prédilection. C’est que le bonhomme a réalisé les cartons de Black mic mac 1 et La vérité si je mens 1 et 2. Du potentiel donc au box-office.

