Le réalisateur de Juno retrouve la scénariste Diablo Cody pour dresser un portrait peu flatteur d’une Amérique déprimée. Avec plus de verve et d’acidité, on y était presque...
L’argument : Originaire d’une petite ville de province où elle s’ennuyait à mourir, Mavis Gary (Charlize Theron) s’est installée à Minneapolis où elle est devenue auteur de romans pour ados. Mais lorsqu’elle apprend que son ex-petit copain de lycée (Patrick Wilson) est devenu papa, elle décide de revenir sur les lieux de son enfance pour le reconquérir. Tandis que Mavis semble sûre d’elle et de son pouvoir de séduction, la situation ne tourne pas à son avantage. Elle noue alors une relation peu banale avec un ancien camarade de lycée (Patton Oswalt), mal dans sa peau, qui, malgré les apparences, lui ressemble plus qu’il n’y paraît…

Notre avis : Jason Reitman a eu beau réaliser l’un des plus gros succès de l’histoire du cinéma indépendant américain (Juno), il reste inlassablement un cinéaste du convenable, dont on attend toujours beaucoup et qui nous laisse invariablement sur un sentiment juste positif ou mitigé. Certes, on a aimé son pamphlet contre l’industrie du tabac, d’ailleurs son meilleur film, Thank you for smoking, son portrait frais de l’adolescence en cloque sans mode d’emploi, Juno ou le huis-clos romantique en aéroport, In the air (nommé 6 fois à l’Oscar), mais pas plus que cela. Il y a pourtant à chaque fois de l’idée, un casting toujours convaincant, mais aussi une certaine retenue de la part d’un cinéaste dont on ressent trop la volonté de recevoir la reconnaissance de ses pairs et donc de ne pas aller trop loin... Son dernier long, Young adult, également son plus petit succès aux USA (seulement 16M$), ne change pas vraiment la donne. Ecrit par Diablo Cody avec qui il avait collaboré sur Juno (et qui vient de finir le script du remake d’Evil dead !), ce portrait d’une Amérique qui ne veut pas grandir, n’est pas aussi acerbe qu’il aurait pu l’être et donc, se range très vite dans la catégorie des indie movies calibrés pour séduire, mais qui rate en route le coche des grandes émotions, pour ne susciter qu’un plaisir, certes réel, mais vite balayé par le divertissement suivant. Pourtant tous les éléments sont là pour un lâcher de vitriol, notamment un rôle de femme en crise qu’on va aimer détester dans ses petites valeurs superficielles, mais qui, au terme d’une initiation aussi tardive que douloureuse, au-delà de l’amusement qu’elle provoquera, sortira plus pathétique dans notre estime que grandie.
Dans ce premier rôle féminin, celui d’une auteure de seconde zone, de romans populaires pour ados (la littérature "young adult"), dont le nom de nègre est caché derrière la couverture au profit d’une vraie célébrité, ce qu’elle ne sera jamais... on retrouve l’imperturbablement belle Charlize Theron. Elle est l’ancienne bimbo du lycée, promise à un avenir à succès, loin de la province sans avenir où tous les autres loosers resteront coincés, mais qui finalement, à l’approche de la quarantaine, n’a rien de concret pour structurer son existence. Divorcée, sans enfant, avec un chien ridicule comme seul compagnon, elle a un penchant autodestructeur pour le whisky. Cela peut faire branché dans la grande ville de Minneapolis, mais cela va lui éclater en pleine figure lorsqu’elle décide de retourner dans la petite bourgade de son enfance pour retrouver le jeune premier qui l’avait faite chavirer à 16 ans. L’homme est pourtant heureux en mariage, avec une femme saine et un nouveau-né qu’il adore. Pour l’égocentrique qui a bâti toute son assurance sur la valeur de son physique, tout cela représente des broutilles qui ne lui barreront pas la route...
La "jeune adulte" du film, aussi mature que les lectrices qui suivent les tribulations des personnages de ses fictions, va donc tout faire pour le mettre dans sa poche, quitte à se ridiculiser dans toute la superficialité dépressive qu’elle incarne. Dans ce petit jeu déloyal, Charlize Theron joue correctement la dépression de la pauvresse des villes. Une dépression précipitée par la prise de conscience du vieillissement et du vide de son existence à l’âge où elle ne peut plus être au coeur d’une société du paraître et où elle devrait se ranger. Imperturbable dans la négativité, elle s’agite beaucoup, boit des litres d’alcool, fait des esclandres, mais son portrait pathétique échoue quand il s’agit de provoquer l’empathie nécessaire chez le spectateur, alors que les intentions du cinéaste sont bien là : surligner ses infâmes défauts pour mettre à nu les fragilités universelles de cette femme.
Entre deux trois scènes cocasses et quelques beaux dialogues bien écrits, Young Adult peine à se hisser parmi les grands. Il y a pourtant une belle manifestation de talents, un refus du manichéisme bienvenue (la province génère son lot de "beaufs" et une intolérance qui n’est pas oubliée), mais comme d’hab avec Jason Reitman on ressort avec l’envie de voir le prochain tout en ayant déjà oublié le précédent... Avec un peu plus de cynisme, pour sûr, c’est qu’il y arriverait le père de Juno. Il faudrait juste que son staff et lui se lâchent un peu plus. L’espoir fait vivre ? Alors on ira voir le prochain, c’est promis.
