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Durée : 2h22mn
Titre original : Alexis Zorbas
Cet excellent long-métrage, devenu un incontournable du cinéma grec, est avant tout une formidable leçon de tolérance et une superbe histoire d’amour et d’amitié.
L’argument : Un jeune écrivain hérite d’une mine de lignite en Crète. Là, il rencontre Zorba un exubérant sexagénaire.
Notre avis : Après avoir signé une remarquable adaptation de la pièce antique Electre en 1961 avec Irène Papas, le cinéaste Michael Cacoyannis se penche sur une version cinéma du célèbre roman de Nikos Kazantzakis intitulé Alexis Zorbas et publié en 1946. Grâce à l’implication d’Anthony Quinn dans la phase de production, le film bénéficie d’un financement international et d’une distribution hétéroclite. Alors que le roman d’origine évoque les us et coutumes de la population crétoise, tous les acteurs s’expriment ici en anglais, coproduction oblige. Une fois passée la stupeur devant cette incongruité linguistique, le spectateur doit reconnaître le talent de Cacoyannis pour dépeindre avec humour les travers de ses contemporains. Souvent accusé de foncer tête baissée dans les clichés touristiques, le cinéaste a l’intelligence de faire de son narrateur un étranger (très sobre Alan Bates) qui découvre un monde entièrement nouveau pour lui. Si son regard est effectivement plein de clichés au début du long-métrage, celui-ci évolue progressivement au contact de Zorba.
Bien plus qu’une visite guidée de la Crète, Zorba le grec est surtout la magnifique histoire d’amitié qui lie deux êtres totalement dissemblables. Autant Zorba est exubérant grâce à l’interprétation gargantuesque d’Anthony Quinn, autant Alan Bates joue avec pudeur un anglais coincé qui s’ouvre progressivement à la vie.
Ce couple amical trouve un équivalent féminin avec d’un côté l’extravagante Lila Kedrova en Bouboulina (rôle d’anthologie pour lequel l’actrice a décroché un Oscar) et de l’autre, la sévère Irène Papas qui retrouve ici un emploi identique à celui qu’elle tenait dans Electre. Outre la force des sentiments qui lient ces quatre personnages décalés, Michael Cacoyannis décrit avec précision et en même temps une certaine répugnance, une société rurale totalement minée par les préjugés, par le rejet de l’autre et de tout ceux qui sortent de la norme. Ressemblant aux portraits de l’Italie du sud réalisés par les frères Taviani dans les années 60-70 ou encore par Emanuele Crialese dans Respiro, Zorba le grec milite à sa façon pour la tolérance.
Formidable succès à sa sortie, cette œuvre à la beauté formelle époustouflante a tellement marqué les esprits que le superbe score du film (signée Mikis Theodorakis) est devenue un incontournable de la musique populaire grecque, tandis que le sirtaki (danse inventée pour le film) est devenue la danse la plus célèbre de Grèce, alors même qu’elle n’a rien d’authentique. Quelle meilleure preuve de l’impact du long-métrage sur l’ensemble du monde ?