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Stella, femme libre - la critique

Stella : nouvelle vague

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Note moyenne des internautes :

Année de production : 1955

Un mélodrame d’une rare force, qui préfère à la fadeur des élans romantiques l’âpre noirceur de la tragédie grecque

L’argument : Stella, chanteuse populaire de cabaret électrise chaque soir le public du Paradis. Femme fatale, elle ne sacrifie rien à sa liberté, ni sa vie, ni ses amours. Aleko, jeune homme de bonne famille se meurt d’amour pour elle, mais Stella lui préfère un joueur de football, le fougueux Milto.

Notre avis : Qualifié par certains critiques de "grossier mélodrame", blâmé pour sa représentation d’une Grèce jugée archaïque, Stella ne reçut guère à sa sortie les encouragements de la presse nationale. En France, Georges Sadoul ne loua qu’à demi-mots, dans Les Lettres Françaises, un film qu’il estimait être aussi dépaysant que prosaïque. C’est dire si l’accueil réservé au long-métrage fut mitigé, pour ne pas dire tiède, contrastant d’ailleurs avec son esthétique enfiévrée et le relatif engouement public qu’il a pu susciter à travers le monde.
Plus de cinquante ans après, nul doute que Stella continuera de diviser. Ses numéros chantés, ses personnages archétypiques, sa mise en scène frontale d’un milieu populaire, irriteront les partisans de l’épure classique autant qu’ils enchanteront les adeptes de mélos rocambolesques. La beauté de Stella est en effet irréductible à des "canons" : elle se veut pierreuse, complexe, agonistique, à des années-lumière de toute complaisance. "Archaïques" à maints égards, ses partis-pris ne ménagent guère de réserve : ici les coeurs saignent aux yeux de tous ; les moeurs des uns et des autres suscitent leur lot de débats naïfs ; les choeurs s’expriment avec une sincérité débordante mais parfois peu vraisemblable.

Qu’importe. A la manière de son personnage éponyme, le film se donne comme une entité absolue, indivisible. Stella n’est pas de ces figures que l’on aime sans accroc : s’il est aisé de se reconnaître dans son indépendance d’esprit et sa gaieté provocante, bon nombre de personnages dénoncent au cours du récit sa cruauté à l’égard d’Alekos, jeune amant dépressif qu’elle malmène. Cacoyannis, loin de filmer Mélina Mercouri comme une égérie de catalogue, se montre parfois soucieux de l’enlaidir, d’en restituer une certaine brutalité, contribuant à mettre en lumière cet obscur désir de liberté qui la constitue autant qu’il la déchire. Créature suscitant tour à tour la terreur et la pitié, Stella fait partie de ces héroïnes confrontées à un choix qu’elles se doivent d’accomplir en vertu de leur ethos mais qui se muent, sous l’effet de leur décision, en figures criminelles dont on observe avec fascination et crainte le pouvoir démiurgique.
Du reste, la "liberté" dont rêve Stella ne se peut acquérir autrement que par la souffrance. C’est pourquoi le film de Cacoyannis est fait de brisures : les imperfections techniques y participent d’une manière de penser la réalité comme un entrelacs d’éléments bruts, épars, signes d’une perpétuelle violence. Violence que le dénouement, dans son inattendu déchaînement, fera surgir avec une rare force.

"Par la grâce d’un style qui ne faiblit jamais tout au long du film, écrivait Janick Arbois, Cacoyannis a élevé à la hauteur de la tragédie ce qui aurait pu n’être qu’un sordide drame réaliste". On ne saurait qualifier en des termes plus justes l’impression que procure la vision de Stella, qui s’impose comme une ressortie majeure en cette année 2012 où la Grèce est, de manière contradictoire, désignée comme le responsable et la victime des maux de l’Europe. A mi-chemin entre mélo et authentique tragédie, cette oeuvre iconoclaste ne demeura pas sans influence sur le cinéma grec, dont il contribua à lancer la "Nouvelle Vague". Pour preuve, le très beau Strella, dont le titre n’évoque pas par hasard le film de Cacoyannis, et qui explore également - à sa manière peu conventionnelle - le topos du triangle amoureux.

Jean-Patrick Géraud


Les avis des internautes

 

Stella, femme libre - la critique

Par Claude Rieffel

Malgré la splendeur de la photo noir et blanc et un soin évident apporté à la composition des plans, Cacoyannis réussit à donner à son deuxième long-métrage un côté rugueux, presque documentaire, en particuliers dans les séquences finales où il mêle ses acteurs à la foule du défilé de la fête nationale. Emule de Rossellini, il affronte franchement le mélo et le folklore mais en évitant de « boucler » son film. Mélina Mercouri, déjà célèbre au théâtre, crève l’écran dans ce premier rôle au cinéma mais n’écrase pas ses remarquables partenaires Giórgos Foúndas (Míltos), Voula (...)

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