L’interprétation de Meryl Streep est mémorable. Le film, moins.
L’argument : En 1964, la directrice d’une école catholique du Bronx, une nonne aux méthodes de discipline sévères, accuse de pédophilie un prêtre populaire...
Notre avis : Adaptation d’une pièce de théâtre à succès par son propre auteur, Doubt nous rappelle tristement que nous nous rapprochons des Oscars. Cette œuvre à statuettes contient en effet toutes les qualités et tous les défauts des films d’auteur académiques qu’Hollywood aime à récompenser chaque année.
On y retrouve des comédiens habités par des personnages aux antipodes de leur passif dramatique (la formidable Meryl Streep en sœur catholique, aigrie et aveuglée par ses préjugés, est prête à vendre son âme au diable afin de faire tomber pour pédophilie un prêtre trop jovial pour être immaculé, qu’incarne Philip Seymour Hoffman). Le scénario est peaufiné dans ses dialogues ; chaque mot est pensé, pesé et écrit. Le sujet de société est fort ; il caresse le subversif (sexe et religion) sans vraiment le traiter en profondeur. Ici la délicatesse permet à la bienséance de subodorer la pédophilie, d’effleurer l’homosexualité et d’évoquer avec retenue la problématique raciale. Le recours à la symbolique est constant pour nourrir l’illusion que métaphore et subtilité ne font qu’une (les bourrasques, les fenêtres ouvertes, les ampoules qui lâchent, sont là pour expliciter les névroses de la « sœur rancœur »). Enfin la mise en scène de John Patrick Shanley est classique et prévisible. Elle mesure chaque espace pour définir un cadre immuable dans lequel les acteurs semblent figés dans les conventions (le champ / contre-champ de la confrontation verbale entre Streep et Seymour Hoffman).
Evidemment, l’ensemble n’est pas intrinsèquement mauvais, mais sous-tendu par des intentions trop évidentes, on n’a pas de « doute » quant à la vocation « académique-awards » de l’œuvre, qui perd en âpreté, en émotion et en spontanéité, ce qu’elle gagne par la mécanique des talents mis en œuvre (on parlerait de formules vis-à-vis du cinéma populaire). Sur un plan artistique, seul le réalisateur, quasi néophyte, dépareille (on passera volontairement sur son premier et précédent film, Joe contre le volcan, comédie éteinte avec Tom Hanks et Meg Ryan sorti en 1990, peu représentative de la carrière de cet illustre scénariste). Il ne semble pas avoir la carrure d’un Eastwood ou d’un Jewison pour transcender son sujet par l’image. En revanche, Shanley scénariste se montre plus à l’aise pour adapter son matériau dramatique. Il sait jouer de subtilité en évitant les incontournables écueils des révélations spectaculaires (point de scène de procès !), privilégie les confrontations en aparté et finit sa thèse sur le "doute" par un moment intimiste des plus troublants. Plus qu’une conclusion, l’ultime scène, qui confirme la force d’incarnation incroyable de Meryl Streep et propage enfin le doute chez le spectateur, s’inscrit parmi les plus belles chutes de l’année, débarrassée du rebondissement à trois francs six sous qui aurait pu faire basculer le film dans l’académisme ronfleur.
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