Portraits d’errances amoureuses en Chine contemporaine par le réalisateur d’Une jeunesse chinoise et Suzhou river. Le résultat est sensuel, remarquablement mis en scène, mais également abscons et ennuyeux.
L’argument : Nankin, de nos jours, au printemps. La femme de Wang Ping le soupçonne d’infidélité. Elle engage Luo Haitao pour l’espionner et découvre ainsi l’amour que son mari porte à un homme, Jiang Cheng. C’est avec lui que Luo Haitao et Li Jing, sa petite amie, se jettent alors à corps perdu dans une folle équipée amoureuse. C’est pour tous trois le début de nuits d’ivresse suffocantes, qui égarent l’esprit et exaltent les sens. Un sulfureux voyage aux confins de la jalousie et de l’obsession amoureuse.
Notes : De Lou Ye, on se souvient surtout en France de Suzhou river et d’Une jeunesse chinoise. C’est d’ailleurs à cause de ce dernier, projeté à Cannes en 2006, que le cinéaste s’était vu interdire de tourner chez lui, en Chine, pendant 5 ans, pour avoir utilisé des images d’archives de la manifestation de Tian’anmen. Lou Ye était également passé par la croisette en 2003 avec Purple butterfly, toujours inédit sur notre territoire.
Avec Nuit d’ivresse printanière, présenté insolemment à Cannes en mai 2009, le cinéaste signe une œuvre trouble et érotique, qui aborde, fait remarquable pour un film chinois, le thème de l’homosexualité. Une nouvelle provocation à l’égard des autorités chinoises ? En tout cas, les corps déshabillés dans l’étreinte et le feu ardent de la passion dévorent l’écran. Avec un sens exquis de la mise en scène, qui empreinte au documentaire à l’image vacillante et à l’exercice de style esthétique, l’auteur n’est pas là pour s’embarrasser de ses choix de réalisation. Son intérêt se focalise sur l’éternel triangle amoureux, source de frustration, de jalousie et de colère. La femme, l’époux infidèle et l’amant se déchirent en beauté sous la caméra bienveillante de Lou Ye, qui ne se pose pas en donneur de leçon. Au contraire, il complique la donne avec quelques variations sur le thème de l’attraction physique.
De notre côté, l’attrait visuel et l’indéniable parfum de scandale passés, l’on se retrouve vite à s’ennuyer. Trop abscons dans son approche des personnages et étiré inutilement, le récit ne se laisse jamais dompter et déconcerte. Il aurait gagné à être davantage resserré, surtout après l’écho cannois un peu tiède qui était déjà le signe d’une déception mesurée. Au final, ces nuits d’ivresse printanière ne sont pas désagréables, mais qu’est-ce qu’elles sont longues à passer...
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