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mardi 24 novembre 2009

  Les mots s’envolent, les écrits restent

Vincere - La critique

 

 

L'avis des internautes (2 avis -  - Moyenne :  )

1 avis
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Archives et fiction se mêlent pour redonner vie et légitimité à la femme cachée de Mussolini.

L’argument : Dans la vie de Mussolini, il y a un lourd secret que l’histoire officielle ne raconte pas : une femme, Ida Dalser, et un enfant, Benito Albino, conçu, reconnu puis désavoué. Ida rencontre Mussolini de manière fugace à Trente et en est éblouie. Elle le retrouve à Milan où il est un ardent militant socialiste qui harangue les foules et dirige le quotidien l’Avanti. Ida croit en lui, en ses idées. Pour l’aider à financer le Popolo d’Italia, point de départ du futur parti fasciste,elle vend tous ses biens... Lorsque la guerre éclate, Benito Mussolini s’engage et disparaît de la vie de la jeune maman, qui découvrira avec stupeur qu’il est déjà marié avec une autre femme. Ida n’aura dès lors de cesse de revendiquer sa qualité d’épouse légitime et de mère du fils aîné de Mussolini, mais sera systématiquement éloignée de force et son enfant mis dans un institut. Pourtant, elle ne se rendra jamais et ne cessera de revendiquer haut et fort sa vérité.

Notre avis : Vincere est un film historique. Pas au sens de l’Histoire avec un grand H, mais au sens de la « petite histoire » ; celle d’un individu mêlé, bien malgré lui, aux tourments de l’Histoire - avec un grand H, cette fois-ci ! Cette évocation donc, est celle de la femme cachée de Mussolini. Il faut comprendre le verbe « cacher » au sens fort : l’homme de pouvoir ne se contentait pas de renier la femme qu’il avait épousé, il est allé jusqu’à la faire interner dans un asile psychiatrique pour ne plus jamais avoir à la rencontrer.

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© Daniele Musso

Vincere est ainsi un film sur le mensonge et le poids des mots - le déni étant le point de non-retour moral et intellectuel. L’héroïne est une force de la nature qui clame sa vérité, la vérité. Elle se fait entendre mais personne ne l’écoute. Le silence de son interlocuteur, dont l’écho sourd la condamne à rester dans l’ombre, la brise et la décrédibilise. Il y a pourtant bien eu des témoins de leur relation et de la naissance de leur enfant (que le chef de l’Etat, après l’avoir reconnu, laissera à un tuteur pour que le garçon ne porte pas son nom !), mais le mutisme réitéré de Mussolini les incite à se taire, à ne pas chercher avec trop d’insistance les preuves de la validité du mariage. Rapidement, Ida ne cherche plus à retrouver l’homme qu’elle a profondément aimé, mais à obtenir de lui une reconnaissance, à exister à ses yeux même si ce n’est qu’administrativement, à défaut d’affectivement.

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© Daniele Musso

Marco Bellochio concentre son intérêt sur cette femme bafouée et, par ce long-métrage, lui redonne vie et dignité (elle et son fils ont été, à leur mort, laissé volontairement dans une fosse commune pour détruire toute preuve de leur existence...). Mussolini, lui, est peu visible à l’écran. Avant la Première Guerre Mondiale, le futur tyran italien est incarné par un acteur (Fillipo Timi) ; à l’image du rôle qu’il tenait avec Ida Dalser : il n’a jamais fait qu’interpréter les personnages qu’il prétendait être, l’amant, le mari, le père. Une fois au pouvoir, des images d’archives prennent le relai. Mussolini ne peut plus être joué, l’Histoire tient son rôle et écrase cette pauvre femme. En ne voyant que peu Mussolini, exposé avec des images d’époque au cœur d’un récit en couleurs, une distanciation se crée avec le personnage et illustre son assise dictatoriale : tout puissant, sans approcher quiconque, il détruit.

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© Daniele Musso

Vincere - « vaincre » en italien - ne joue pas sur les mots, tous ont un sens précis et c’est avec eux que l’héroïne se bat, pour faire reconnaître à Mussolini qu’une parole donnée ne se reprend pas. Mais celui-ci est au théâtre et est un bien piètre acteur, et certainement pas un artiste : les propos tenus n’ont de sens pour lui que sur l’instant, il ne mesure pas leur portée. Le discours de Marco Bellochio est, quant à lui, sans appel : Ida Dalser a bel et bien existé et son souvenir perdure à travers ce long-métrage témoin.

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© Daniele Musso





   L'AVIS DES INTERNAUTES

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    Frédéric de Vençay
     
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