Une poignante démonstration de la capacité des hommes à s’aimer. Une réalisation au service de l’émotion.
L’argument : 1984. Gerd Wiesler, officier zélé de la Stasi, la police secrète est-allemande, est chargé par son supérieur hiérarchique de procéder à la surveillance d’un couple d’artistes : le dramaturge Georg Dreymann et l’actrice Christa-Maria Sieland. Il est loin d’ignorer qu’il est au cœur d’un complot ourdi par le ministre de la Culture, amoureux de la compagne de Dreymann.
Notre avis : La débâcle intérieure d’un homme qui fait écho à celle d’un système basé sur le flicage systématique et la délation : c’est ce que nous donne à voir La vie des autres. Ulrich Mühe, l’un des acteurs fétiches de Michael Haneke (Benny’s video, Funny games), est touchant dans le peau de l’officier Gerd Wiesler dont l’univers se réduit à la routine que lui imposent ses activités à la Stasi. La révolution arrive de là où il s’y attend le moins, une banale mission de surveillance. Ce couple d’artistes si parfaits qu’il épie lui inspire, a priori, une profonde antipathie. Mais peu à peu, ce qu’ils représentent le fascine. Derrière ses écouteurs, Wiesler est de plus en plus curieux de ce monde - celui de la culture - qui hier encore lui était inconnu. Il transforme profondément son existence terne et vide en lui faisant découvrir des horizons et des émotions qui lui étaient jusque-là inaccessibles. Comme quand il écoute la sonate de l’homme bon et, qu’à l’autre bout de son casque, Dreymann affirme qu’aucun homme (bon) ne peut rester insensible à une pareille œuvre.
Le pouvoir de la culture opère une drastique remise en cause chez Wiesler : quelle est la valeur de ce en quoi il a toujours ardemment cru ? Son zèle bascule d’un extrême à l’autre sous la caméra attentive de Florian Henckel von Donnersmarck. L’appartement du couple, lumineux, comme un symbole de l’élévation de l’âme, s’oppose aux vastes espaces, gris, tristes et sans âme, dans lesquels évoluent, à l’extérieur, les acteurs de ce drame. Le réalisateur allemand invite le spectateur dans la vie de son trio, l’impression est d’entrer par effraction dans leurs face-à-face avec eux-mêmes ou avec les autres, dans leurs moments de courage aussi bien que de lâcheté. Le rythme assez lent du film est celui de la transformation qui s’accomplit dans l’ennuyeuse vie de Wiesler. Son illumination, prise ici dans son sens le plus positif, correspond à la fin d’un régime marqué par la chute du mur de Berlin. Pitié, compassion et admiration se succèdent face au destin d’un homme qui semblait avoir tout perdu, sauf son âme. La simplicité de la réalisation fait totalement place au ressenti. La vie des autres, justement, se vit. Elle ne se raconte pas.
Le DVD
Comme "la vie des autres" semble intéresser beaucoup de monde, Océan propose une édition complète pour satisfaire toutes les curiosités.
Les suppléments
Un DVD d’importance pour le succès surprise de l’année 2007, le triomphe international en provenance d’Allemagne qui est resté en haut de l’affiche pendant près de 6 mois. Océan Films n’a pas lésiné sur les compléments pour livrer aux admirateurs l’édition la plus fournie possible. Sept scènes coupées (environ 8 minutes), avec ou sans commentaire du cinéaste, prolonge le plaisir du visionnage à travers quelques brefs, mais beaux moments, qui auraient parfaitement pu être conservés dans le montage final. Un making of de 20 minutes offre quelques informations sur le tournage à Berlin et insiste sur l’importance de la musique, au centre de l’œuvre. En annexe, les notes de productions restituent la petite histoire du film. Quant aux amateurs d’Histoire avec un grand H, ils se satisferont du document de 15 minutes sur la Stasi, clair et concis, qui permet de resituer l’intrigue dans un contexte historique douloureux. Des bandes annonces de l’éditeur, dont celle de La vie des autres, ainsi que des biofilmographies accompagnent cette édition, qui ne serait pas complète sans les commentaires audio, au nombre de deux, celui du réalisateur et celui, très précieux, d’Ulrich Mühe, l’un des acteurs principaux, décédé d’un cancer en juillet 2007.
Image & son
L’image s’écarte de la terne tonalité de téléfilm de la copie cinéma, notamment grâce à une belle colorimétrie et un joli contraste, alternant couleurs chaudes et froides. Et ce, malgré un léger grain. Le son fait la part belle à la somptueuse composition de Gabriel Yared qui se déploie avec amplitude en Dolby Digital 5.1, en version allemande ou française.