Une petite merveille d’intelligence qui plonge avec lyrisme et volupté au cœur des traumatismes humains. Peut-être le plus beau film sur le deuil depuis Et là-bas quelle heure est-il ?.
L’argument : Un pensionnaire d’une maison de retraite s’engage dans une aventure non sans risques aux côtés de son aide-soignante, devenue son amie, suite à un accident de voiture. Désemparé, perdu, le vieil homme décide de partir par la forêt. Son aide-soignante n’a alors guère d’autre choix que de le rejoindre. Seuls au monde, les deux amis tissent de véritables liens et prennent un bain de nature, un bon moyen pour eux de se sentir à nouveau vivants....
© Haut et Court
Notre avis : Les premières images laissent craindre le pire dans le registre de la chronique gnangnan et bruissante qui vante les vertus d’une dame nature pérenne et propose une illustration extatique de la transcendance du néant. Il n’en est rien. La forêt de Mogari est juste un film très beau qui se passe de commentaires. Où Naomi Kawase, cinéaste très douée, tord le cou aux pièges auteurisants et organise des plans virtuoses (horizontaux, verticaux, étourdissants) qui ressemblent à toutes les choses indistinctes qui flottent dans son cerveau créatif et évoquent le cinéma d’Ozu. Cette oeuvre fragmentée en deux parties adosse la pulsion de mort et l’instinct de vie dans un voyage intérieur, agreste et flamboyante qui se suit avec une intensité égale. Le même cheminement que dans le déjà somptueux Shara, réalisé il y a trois ans, qui s’ouvrait sur une disparition et se terminait sur une naissance.
© Haut et Court
Ici, la nature est un grand corps malade - le corps de deux protagonistes - que l’on cherche à soigner et à apaiser. En confrontant les morts et les vivants, les ombres et les lumières, le feu et la nature, la métaphysique et le physique, le corps et l’esprit, la naïveté et la démence, le jour et la nuit, le cinéma de Kawase, déploie toutes ses richesses, fonctionne sur le ressenti, laisse le temps au temps et lave le spectateur de ses stigmates. Réflexion sur la vieillesse, angoisse sourde de l’inconnu, peur de se perdre soi-même dans ses propres cauchemars, parole atrophiée pour toucher au plus juste des tourments de l’âme. Tout le prix d’une odyssée panthéiste et animiste sur le don de soi.
Le DVD
Une édition simple d’un film austère.
Les suppléments
A part la bande-annonce du film et celles des nouveautés MK2, rien n’est proposé au spectateur.
Image
La captation des images en numérique est particulièrement bien restituée, tout en laissant s’épanouir une belle palette de couleurs. La nature s’en trouve sublimée.
Son
L’unique piste sonore en version originale sous-titrée 5.1 est d’une belle efficacité et s’attache à rendre les bruits de la nature avec soin. Certes, le caractère très intimiste de l’œuvre ne permet pas d’explosion sonore, mais l’ensemble permet une immersion totale dans l’ambiance panthéiste du métrage.
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