Bleeder est le film le plus méconnu, mais aussi le plus personnel du dernier lauréat du Prix de la mise en scène à Cannes pour le déjà cultissime Drive. À découvrir de toute urgence tant il est annonciateur des soubresauts de violence qui hantent toute l’œuvre étourdissante de Nicolas Winding Refn.
L’argument : Leo et Louise, un jeune couple à Copenhague. Leo sort très souvent avec ses amis, mais Louise préfère rester à la maison. Lorsqu’elle lui apprend qu’elle est enceinte, Leo devient distant et très violent.
Notre avis : Comme Quentin Tarantino, Thomas Winding Refn éprouve un amour immodéré pour le septième art qui, à la différence de ses autres réalisations, n’est pas sous-jacent dans celui-ci étant donné que le personnage joué par Mads Mikkelsen, l’alter-ego du cinéaste joignant l’utile à l’agréable grâce à son job derrière le comptoir d’un vidéo-club, est incollable sur tout ce qui touche de près ou de loin au cinéma (qu’il soit bis, d’auteur ou même érotique en tout genre !). Effectivement, comment ne pas rapprocher ce dernier de Reservoir Dogs, au même titre que Drive et Boulevard de la mort - un film Grindhouse.
En fin de compte, ce qui lie ces deux réalisateurs cultes est leur fascination pour cette violence aussi brutale qu’imprévisible résultant d’un enchaînement de contrariétés frustrantes. Elle est d’autant plus terrifiante qu’elle est enracinée en chacun de nous (cet éternel combat entre le bien et le mal). Faisant chronologiquement suite au premier volet du triptyque Pusher, Refn offre une fois de plus le rôle principal à Kim Bodnia (Leo), lequel n’arrive pas à se faire à l’idée de la paternité future qui l’attend (thème qu’il abordera à nouveau dans Du sang sur les mains, second segment de sa trilogie tout bonnement sublimissime).
Avec Leo, Refn s’épanche sur cinq loosers qu’il présente séparément à partir de leur démarche déambulatoire rythmée sur une musicalité concordant avec le caractère spécifique de chacun d’eux ; procédé introductif déjà exploité précédemment pour Pusher. Si l’ensemble manque, ici et là, de cohérence (les deux histoires s’éloignent de temps à autre), Bleeder ne laissera pas insensible les cinéphiles compulsifs puisqu’on mate et on cause énormément de films (sa fascination pour Lynch, Scorsese,...), mais aussi littérature avec Last exit to Brooklyn d’un certain Hubert Selby Jr. qui, pour l’anecdote, collaborera au scénario de Inside job, le film suivant du metteur en scène danois dont l’échec retentissant donnera lieu à deux suites à son premier succès artistique et commercial. Quoi qu’il en soit, passer à côté de son œuvre la plus intimiste équivaudrait à survoler la filmographie d’un des plus grands cinéastes de ces dix dernières années...
