Durée : 1h52mn
Ce classique du film de gangsters repose sur un couple glamour imparable, un scénario bien huilé et une mise en scène diablement efficace. Dommage que son discours contestataire fasse fi de toute réalité historique au profit d’une iconisation des deux truands.
L’argument : La dramatique aventure de deux amants révoltés pendant la Grande Dépression des années trente aux Etats-Unis, inspirée par un fait réel. Braqueurs de banque et assassins, ils sont traqués par toutes les polices...
Notre avis : Ecrit par deux scénaristes appelés à une grande carrière (Robert Benton et Robert Towne) et produit par la jeune star Warren Beatty, Bonnie and Clyde (1967) a fait entrer le cinéaste Arthur Penn dans la légende d’Hollywood grâce au véritable phénomène générationnel qui s’est produit à la sortie du film. Ainsi, le budget de 2,5 millions de dollars a largement été rentabilisé grâce aux soixante-dix millions de dollars de recettes de par le monde. Rien qu’en France, le métrage a conquis près de deux millions de spectateurs ravis de suivre les aventures de ce couple de jeunes hors-la-loi auquel la jeunesse s’est identifiée. Sorti peu de temps avant les événements qui ébranlèrent le monde à partir de mai 68, Bonnie and Clyde, par son aspect glamour et contestataire, est devenu pour beaucoup le symbole de la révolte des étudiants contre les forces d’oppression réactionnaires.
Présentés de manière séduisante par un réalisateur qui se place clairement de leur point de vue, les deux gangsters sont beaucoup plus lisses et immatures que dans la réalité. Les auteurs font d’eux des adolescents irresponsables qui ne cherchent qu’à survivre sur les ruines du capitalisme. Ainsi, le contexte de la Grande Dépression des années 30 justifie en partie leurs actes, faisant d’eux des sortes de Robin des bois en révolte contre le système. La seconde partie du film démontre un peu plus cette théorie en identifiant les forces de l’ordre comme étant une puissance de destruction aveugle et sans pitié. Cette inversion des règles classiques du genre a fait beaucoup pour la renommée de ce polar finalement assez caricatural dans sa démonstration. On ne peut toutefois pas lui retirer son efficacité lors des nombreuses séquences de fusillades, le brio de sa mise en scène et l’excellence d’un casting inspiré. Outre le couple de légende formé par Warren Beatty et Faye Dunaway, bien plus glamour que leurs prétendus modèles, on ne peut que s’incliner devant le choix de Gene Hackman - dans un de ses premiers grands rôles - ou encore de l’incroyable Michael J. Pollard. D’une rare violence pour l’époque (comment oublier la mort des deux « héros » !), ce film de gangsters culte continue à fasciner de nos jours malgré son discours pseudo-contestataire un brin simpliste.