L’un des chefs d’oeuvre de Masaki Kobayashi. 50 ans après sa sortie, il n’a rien perdu de sa superbe.
L’argument : Au XVIIe siècle, le Japon n’est plus en guerre et le pays est dirigé avec fermeté. Hanshirô Tsugumo, un rônin (samouraï errant) sans travail parmi tant d’autres, décide de frapper à la porte du puissant clan des Ii. Reçu par Kageyu Saitô, l’intendant du clan, il lui demande la permission d’accomplir...
Notre avis : Régulièrement oubliée au profit d’Akira Kurosawa, l’oeuvre de Masaki Kobayashi n’en est pas moins exemplaire. De temps à autre, au détour d’une reprise, d’une rétrospective ou comme ici, de la sortie d’une vidéo, on se souvient du grand artiste qu’il a pu être avec notamment son oeuvre monumentale sur La condition humaine (plus de 9h) ou sa toile de fantastique poétique divisée en sketchs, le magnifique Kwaidan. Parmi ces chefs d’oeuvre qui comptent parmi les plus grandes références du cinéma nippon, nul ne pourra omettre Harakiri, film de "seppuku" âpre, violent et rageur, qui ne fait pas que s’inscrire dans la tradition du film de samouraï, façon Rashōmon et Les 7 samouraïs, servis par le maître Kurosawa dans les années 50, puisqu’Hara-Kiri servira de référence à plusieurs générations de cinéastes, jusqu’à Takashi Miike qui proposa en sélection officielle à Cannes, en 2011, un remake en 3D (Hara-Kiri, la mort d’un samouraï).
D’une beauté esthétique indispensable, derrière son noir et blanc ténébreux qui nous convie à quelques rares scènes d’extérieur dignes des films de fantôme japonais, le Kobayashi nous entraîne dans les spirales sociales médiévales de la société nippone du XVIIe siècle, où la lutte des classes est ici représentée par des ronins, ces samouraïs déchus qui finissent par se donner la mort chez des puissants qui les autorisent à pratiquer le seppuku, donc hara-kiri... Ultime acte d’honneur d’une violence inouïe consistant à s’ouvrir le ventre au sabre avant que le maître de cérémonie assène au samouraï déshonoré le coup final pour l’achever...
Hara-Kiri revient pendant plus de deux heures sur ces pratiques où le code de l’honneur est plus flou et plus complexe que ce que ne suggère la tradition. Le discours est lourd de tension, même si l’action n’intervient qu’à deux reprises, au milieu d’un enchâssement de récits, avec de nombreux flashbacks, où tout le désespoir passe par l’oralité, mais aussi par le décor, magnifique imbrication de fenêtres qui souligne toute la confusion des protagonistes et des structures de la hiérarchie féodale.
Alors que les scènes de sabre viennent ajouter de la radicalité au propos (le premier suicide est intense, magnifié par la photo en noir et blanc, qui paradoxalement accentue la violence du sang noir versé) et serviront de magnifiques illustrations aux films de série consécutifs à Hara-kiri (prix spécial du jury à Cannes, ce n’est pas rien), Kobayashi livre avant tout une double histoire d’amour et de vengeance, ancrée dans les tempêtes de l’âme et de l’esprit. Un parti pris singulier qui écarte son oeuvre des séries marchandes pour une belle place au panthéon du 7e art.

Le blu-ray
Les suppléments :
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Deux bonus viennent apporter un éclairage précieux au film. De l’art de bien mourir (7mn) pose le contexte historique sur les classes sociales au Japon médiéval, pour mieux comprendre les enjeux et la dramaturgie du script. Enfin le réalisateur Christophe Gans exprime tout son amour pour cette oeuvre qui l’inspira plus d’une fois, notamment pour Crying Freeman. Pendant 30mn, il ressitue Harakiri parmi les classiques du film de samouraï. Un instant de cinéphilie passionnant.
L’image :
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Elle est superbe. Si quelques micro flocons persistent ici et là, ils sont bien rares sur un master qui a retrouvé son format d’origine en 2.40. Le contraste rigoureux offre une seconde jeunesse au film. Les enchâssements de cadre de Kobayashi s’articulent en de superbes déclinaisons grâce à une profondeur de champ qui enrichit considérablement le confort de visionnage.
Le son :
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Point de grésillement ou de voix étouffées par la dégradation de la pellicule avec le temps. Le son mono a été conservé, mais il est désormais proposé en DTS HD Master audio pour donner plus de caractère aux dialogues qui retrouvent une certaine jeunesse.

Découvert dans cette fameuse copie restaurée, qui restitue au mieux les superbes contrastes entre ombre et lumière et la sueur collant au front des rônins. Kobayashi signait là un sommet de tension dramatique doublé d’un anti-film de combat en huis-clos (à l’exception de flashs-back flamboyants et d’un final sacrificiel gigantesque). La construction gigogne, en allers-retours tortueux et sophistiqués, lui permet de faire cohabiter plusieurs genres : suspense, mélodrame, chronique naturaliste, film de sabre, brûlot politique... Remontant aux sources du chanbara (le (...)