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Irène - la critique

Filmer l’absente

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- Durée : 1h23mn

Alain Cavalier, toujours en marge de la production courante, livre un film expérimental à la première personne, à la fois épuré et d’une sincérité bouleversante. Exigeant.

L’argument : Irène et le cinéaste. Relation forte et en même temps pleine d’ombres. Irène disparaît. Reste un journal intime retrouvé des années après. Une fraîcheur. Une attirance. Un danger. Comment faire un film ?


Notre avis : Voici plus de trente ans maintenant que le réalisateur Alain Cavalier s’est volontairement éloigné de la production standardisée, allant progressivement vers un cinéma de plus en plus dépouillé du moindre artifice. Avec les possibilités offertes par les petites caméras numériques, il a franchi une étape supplémentaire en éliminant toute équipe technique, devenant ainsi un « filmeur ». Irène, son dernier travail en date, constitue sans nul doute le stade le plus épuré d’une œuvre pourtant déjà très austère. Expérimental jusque dans sa forme, ce nouveau long-métrage s’adresse donc avant tout aux aventuriers du septième art et aux amateurs d’art contemporain. Débarrassé de tout scénario, Irène a également la particularité d’être tourné sans acteur, sans musique et sans directeur de la photographie. Que reste t’il me direz-vous ? Le regard d’un cinéaste.

Dans un défi ultime, Alain Cavalier a voulu ressusciter sa femme, tragiquement disparue dans un accident de voiture au début des années 70. A travers les mots de son journal intime et en cherchant dans les objets une présence fantomatique, il dresse un portrait en creux de celle qui a ébloui ses jours. Entre regrets de l’avoir laissée partir ce jour-là et culpabilité d’avoir parfois souhaité sa disparition (le couple était alors à bout de souffle), Alain Cavalier se livre tout entier, sans pudeur. Durant une heure, il teste la ténacité du spectateur en ne filmant que des objets quotidiens qu’il nous révèle dans toute leur beauté insoupçonnée. A la manière des expérimentations cinématographiques d’une Marguerite Duras, il ose désincarner les êtres et investir les objets d’une sorte de conscience. Après cette heure étouffante, Alain Cavalier nous révèle enfin le visage de son ancienne compagne et parvient en très peu de plans à lui redonner vie. Son expérience, bouleversante, permet de célébrer la vie par-delà la mort, qui, pourtant, imprègne tout le métrage. Enlacés comme dans une étreinte amoureuse, le vivant et l’inanimé se rejoignent en une danse grisante pour le spectateur qui acceptera de se laisser happer par une œuvre rigoureuse et difficile d’accès. Le jeu en vaut toutefois la chandelle.

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© Pyramide Distribution
Virgile Dumez




Les avis des internautes

 

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Par ’Boo’Radley

L’essai littéraire se prête bien au travail de deuil de l’être aimé (citons, pour le meilleur, le très beau "Temps d’un Soupir" qu’Anne Philippe a consacré aux dernières semaines de vie avec Gérard) ; le cinéma visiblement moins. Pour faire celui d’Irène, son épouse disparue il y a près de quarante ans, Alain Cavalier, cinéaste estimable, a commis le film minimaliste presque parfait : pas de scénario, pas d’acteur, pas de technicien, pas d’émotion, pas d’idée. Pourquoi ne pas s’être passé aussi de caméra (...)

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