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L’île du docteur Moreau

Eden loque

- Durée : 1h39mn
- Titre original : The island of Dr. Moreau

Cette adaptation assez fidèle du roman de Wells vaut le détour par son ambiance et ses acteurs, malgré quelques chutes de rythme et une réalisation passe-partout.

L’argument : Rescapés du naufrage de leur navire, une poignée de marins débarquent sur une île du Pacifique. Ils y découvrent les expériences menées par le Docteur Moreau sur des êtres humains.

Notre avis : En 1896, le romancier H.G.Wells publie un roman destiné à rencontrer un grand succès intitulé L’île du docteur Moreau. Si le récit s’apparente a priori au traditionnel roman d’aventures fantastiques, l’auteur en profite pour faire passer un nombre conséquent d’idées audacieuses. Ainsi, l’île apparaît comme un monde en réduction avec son créateur tout-puissant (le docteur Moreau qui joue avec ses créations, des créatures mi-hommes, mi-animales), son Eden apparent et son grain de sable qui détraque le système mis en place. L’auteur, athée, se charge donc de régler son compte à la religion à travers une métaphore audacieuse. Si la version cinématographique de Erle C. Kenton de 1932 est de grande qualité, elle transforme toutefois le docteur Moreau en un démiurge sadique finalement assez éloigné de celui d’H.G.Wells. En 1977, la compagnie AIP, spécialisée dans le cinéma bis, investit une somme astronomique de 6 millions de dollars pour réaliser un remake, plus proche de l’oeuvre originale. On fait alors appel au réalisateur Don Taylor, connu des amateurs pour avoir signé le troisième opus très réussi de La planète des singes en 1971.
Si l’ambiance du métrage rappelle instantanément celle de la série simiesque (à cause des maquillages de John Chambers déjà à l’oeuvre sur la Planète des singes et de la musique de Laurence Rosenthal, à la fois martiale et copiée sur la partition de Jerry Goldsmith), on est saisi de voir à quel point Don Taylor reste fidèle à l’esprit du bouquin. Expédiant le mystère des monstres qui peuplent l’île en moins d’un quart d’heure, le cinéaste s’attache à mettre en exergue le message de Wells. Il analyse avec précision les différences entre nature et culture et montre avec brio que la bête n’est pas forcément celle que l’on pense. Incarnant le docteur Moreau avec majesté, Burt Lancaster lui donne un vrai charisme faisant de lui le Dieu de cette île. Michael York interprète avec sensibilité ce naufragé confronté à sa propre condition d’être humain compatissant. Enfin, la fin très noire de cette Ile du docteur Moreau correspond parfaitement au pessimisme de Wells vis-à-vis de toute civilisation avancée.
Il faut toutefois reconnaître à cette adaptation un certain nombre de faiblesses, notamment dans le rythme, parfois languissant, et dans une réalisation un rien routinière. Pas de quoi bouder son plaisir devant cette production, certes moins bonne que celle de 1932, mais à des années-lumière de la pitoyable version de John Frankenheimer avec Marlon Brando et Val Kilmer.



Le DVD
Une édition très correcte de cette oeuvre imparfaite, mais à redécouvrir.

Les suppléments

On ne trouve pas ici pléthore de bonus, mais ceux-ci s’adressent davantage aux passionnés du cinéma de genre qu’autre chose. Ainsi, un entretien avec un critique de cinéma nous donne en seulement un quart d’heure un maximum de renseignements sur le film, les acteurs et le réalisateur. De quoi contenter les fans du film. Un deuxième module présenté par Christophe Lemaire revient en détail sur la carrière de Barbara Carrera, ce qui lui permet de rendre un bel hommage à ce mannequin d’une incroyable beauté. Une déclaration d’amour sincère et bienvenue. La bande-annonce, une galerie photo et une filmographie de Don Taylor complètent ce programme sympathique de bout en bout.

Image & son

Si certains plans sont d’une netteté incroyable, on peut toutefois regretter la présence d’un grain fréquent surtout en basse lumière. Les arrière-plans ne sont pas toujours nets et le film manque de précision dans le piqué. Pas de quoi crier au scandale pour autant. Avec une préférence naturelle pour la VO, plus naturelle, les pistes sonores en mono sont efficaces et claires.

Virgile Dumez

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