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La cicatrice intérieure - la critique + le test DVD

Cercle de feu

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- Année de production : 1970
- Sortie DVD : le 9 novembre 2011

Ce stupéfiant rêve éveillé aux allures de conte initiatique indéchiffrable doit sa magie aux sublimes paysages désertiques filmés aux quatre coins du monde et aux mélopées envoûtantes de Nico.

L’argument : Un homme et une femme marchent dans le désert de Californie.
Une famille traverse le désert d’Egypte.
Un amant vient à la rencontre de la femme sur les terres volcaniques d’Islande.
Un film dont les plans riment comme dans un poème.

Notre avis : Conçus au départ pour être projetés lors des concerts de Nico, les vingt-trois plan séquences de La cicatrice intérieure, certains longs de plusieurs minutes, d’autres très courts, que Philippe Garrel (Un été brûlant) est allé tourner aux quatre coins du monde forment effectivement, mis bout à bout et simplement séparés par des fondus au noir (ou plutôt au bleu), une espèce de long clip d’une heure dont tout souci de narration est absente.

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La cicatrice intérieure

Travellings accompagnant la chevauchées de Pierre Clémenti, nu sur son cheval, un carquois noir sur le dos ; caméra pivotant lentement sur elle-même pour suivre le déplacement circulaire de Garrel, dandy en rouge, autour de Nico immobile au milieu d’un immense paysage désertique ; brèves vignettes rappelant les plan-icones d’un Paradjanov (Nico dans la grotte, l’enfant sur le glacier, le cercle de feu), étonnante séquence sous-marine : cette enfilade de vignettes énigmatiques se dérobe à l’enchaînement narratif et à l’interprétation pour inviter le spectateur à une contemplation d’ordre quasi hypnotique.

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Philippe Garrel et Nico

Le cinéaste déclarait d’ailleurs à la sortie du film : Il ne faut pas regarder La Cicatrice Intérieure en se posant des questions, il faut le regarder juste par plaisir, comme l’on peut prendre plaisir à se promener dans le désert..
Le caractère incantatoire et l’espèce de sidération éblouie provoquée par cette mystérieuse déambulation reposent en grande partie sur la splendeur des paysages et, bien sûr, sur la voix grave de Nico déclamant des vers en allemand ou chantant une comptine (Mütterlein) sur un arrangement folk minimaliste. Les textes entendus dans le film sont le plus souvent en anglais ou en allemand, plus rarement en français, l’absence délibérée de sous-titres privilégiant là aussi la musique des sons à la signification des paroles.
Il se peut que le côté arty du film agace certains spectateurs mais la manière brute qu’a Garrel de capter l’air, la lumière aveuglante, le vent, la minéralité de ses stupéfiants paysages, donne un envoûtante puissance magique à ce rêve éveillé aux allures de conte initiatique.


Le DVD

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La cicatrice intérieure DVD

Une admirable édition DVD associe ce film culte à Liberté la nuit, faisant dialoguer deux périodes de l’oeuvre de Philipe Garrel.

Les suppléments

Pas de suppléments à proprement parler mais l’association, dans le même coffret, de cette mythique Cicatrice intérieure (1970) et de Liberté la nuit (1983) permet de faire dialoguer le Garrel expérimental de la première période (1964-1978) avec celui, moins rétif à la narration, qui se révèle avec l’enfant secret (1979, sorti en 1982).

Image

Le film, qui avait fait l’objet d’une reprise en salles en 2005, a été admirablement restauré et la copie est absolument splendide. (La photo est de Michel Fournier, non crédité puisque le film n’a pas de générique). Les couleurs sont éclatantes, la définition plus que satisfaisante et l’encodage irréprochable. Bref, la vision de La cicatrice intérieure dans ces conditions est un pur bonheur des yeux.

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La cicatrice intérieure

Le noir et blanc incandescent de Liberté la nuit, signé Pascal Laperrousaz, bénéficie lui aussi d’un report de très haute qualité (Ne pas s’alarmer en voyant le générique de début parcouru d’ondulations suspectes : ça s’arrange tout de suite après) .

Son

Un son mono d’une belle présence et débarrassé de scories confère un pouvoir incantatoire aux bruits de la nature, aux voix et aux superbes et très inhabituels arrangements musicaux faisant appel à l’harmonium, au clavecin, à la trompette, au violon alto (joué par John Cale), aux percussions, ou laissant le chant se déployer a capella.
Son mono aussi , d’une parfaite clarté et d’une belle présence, pour les cris et chuchotements de Liberté la nuit.

Claude Rieffel


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