Durée : 1h33mn
Titre original : Seisaku no tsuma
Année de production : 1965
Cette magnifique histoire d’amour, à la fois sensuelle, cruelle et terriblement critique envers la société japonaise, est un chef d’oeuvre qui se place sans mal au panthéon des meilleurs films nippons.
L’argument : A la veille de la guerre russo-japonaise, pour échapper à la misère, une jeune femme devient la concubine d’un vieillard. Lorsque celui-ci décède, elle se met en ménage avec un jeune homme.
Notre avis : Découverte très tardivement en France, l’oeuvre de Yasuzo Masumura est passée totalement inaperçue par chez nous dans les années 60-70 à cause d’une absence totale de distribution. Il aura donc fallu attendre très longtemps pour découvrir un cinéaste que l’on peut aisément placer au niveau d’un Kurosawa ou d’un Mizoguchi. Ancien assistant de ce dernier - mais aussi de Kon Ichikawa - Masumura partage avec ses aînés un goût pour l’esthétique raffinée, ainsi qu’un intense travail sur l’image. Doté d’un noir et blanc en tout point remarquable, La femme de Seisaku (1965) peut d’ailleurs être considéré comme un de ses chefs d’oeuvre.
Suivant le parcours d’une jeune femme exclue de la société pour avoir été la maîtresse d’un vieil homme riche, Masumura signe à la fois un film social, une superbe histoire d’amour et un bouleversant plaidoyer pour la différence. Ainsi, la belle s’est vendue à son vieux maître pour échapper à la misère et n’en récolte que le mépris des villageois. Mise à l’écart de la bonne société, elle tombe follement amoureuse de l’homme le plus respecté du village. Prisonniers des conventions sociales, les deux amants subissent alors le harcèlement constant de leurs concitoyens. Se déroulant au début du siècle dernier, l’oeuvre égratigne au passage le nationalisme exacerbé des Japonais à ce moment de leur histoire.
Scandaleux par bien des aspects (des scènes d’amour d’une intense sensualité, un soutien indéfectible à des personnages hors normes et une critique virulente du Japon), cette oeuvre majeure est portée par l’interprétation sans faille de la superbe Ayako Wakao, fidèle collaboratrice du cinéaste également aperçue chez Mizoguchi. Elle est brillamment secondée par Takahiro Tamura (L’empire de la passion de Nagisa Oshima), excellent en citoyen modèle partagé entre son engagement nationaliste et l’amour fou qu’il porte à cette fille perdue. A la fois belle et cruelle, la fin de La femme de Seisaku reste longtemps gravée dans nos mémoires et s’impose sans mal au panthéon des plus beaux moments du cinéma nippon.