Durée : 1h45mn
Un film esthétique dont la superbe photographie ne suffit pas à faire oublier un certain nombre de poncifs.
L’argument : Une star vit seule chez elle, son mari est à Hollywood et la délaisse. Débarque chez elle un photographe qui doit faire un reportage sur elle.
Ils deviennent amants. Ils vont habiter deux semaines à l’hôtel pour faire ce reportage et repassent de temps en temps à l’appartement de la star...
Notre avis : Hué à Cannes où il était en lice pour la palme d’or, La frontière de l’aube est loin d’être un film honteux, ne serait-ce que pour la photographie impeccable de William Lubtchansky, qui avait déjà signé celle du précédent film de Philippe Garrel, Les amants réguliers, en 2005. Jouant admirablement bien de la lumière et des ombres, le film en noir&blanc se prête ainsi à l’apparition, avec les moyens du bord, du surnaturel.

Le film s’inspire de "Spirite", un conte fantastique écrit par Théophile Gautier en 1866, dont le héros, dandy parisien, est hanté par le fantôme d’une jeune fille. Un spectre qui, après l’avoir désespérément aimé dans l’ombre de son vivant, lui apparaît dans un miroir pour lui déclarer sa flamme de l’au-delà. Si François, le photographe interprété par le ténébreux Louis Garrel, reste fidèle dans l’âme à Guy de Malivert, le héros de Théophile Gautier, Carole (Laura Smet) s’est muée en garce qui n’a de cesse de son vivant et encore après, de vampiriser François d’un amour tout à la fois passionnel et inconstant. À noter que l’actrice apparaît plus à l’aise dans le registre mutin - décrit en ces termes par Gautier dans sa nouvelle : « un sourire à la Léonard de Vinci avec moins d’ironie et plus de tendresse » - que lorsqu’elle se lance dans de grandes théories sur l’amour.

Elliptique au propre comme au figuré, avec un recours systématique (mécanique ?) au fondu entre les scènes, le film ne s’installe de cette façon jamais vraiment, privilégiant l’instant présent et la démonstration de sentiments (le désir, la dépendance, la folie, la peur de l’engagement, la haine) à la narration. Affichant les défauts de ses qualités, La frontière de l’aube n’échappe ainsi pas aux lieux communs en tous genres (suis-moi je te fuis, fuis-moi je te suis). Pourtant, dès lors qu’il s’éloigne des chemins battus sur l’amour ou la paternité, le métrage dégage incontestablement une certaine poésie mélancolique, entretenue notamment par le couple François/Eve (Clémentine Poidatz). À voir donc pour se faire sa propre opinion loin des sifflets cannois.
Le DVD

Une édition sommaire, mais dont les suppléments sont appréciables.
Les suppléments
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Même s’ils ne sont pas abondants, les bonus sont plutôt convaincants. Ainsi la préface de sept minutes de Philippe Azoury replace habilement La frontière de l’aube dans la filmographie de son auteur. Il commente ensuite quelques séquences du film durant vingt minutes passionnantes et très informatives. Outre la traditionnelle bande-annonce, nous pouvons aussi découvrir le court-métrage (17 minutes) inédit intitulé Rue Fontaine (1984). Il nous plonge quelques années avant dans la même ambiance fantômatique et noire, à la suite de Jean-Pierre Léaud et Christine Boisson. Poignant, ce court mérite vraiment d’être vu, même si la copie proposée est dans un état déplorable.
Image
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Le magnifique noir et blanc est très bien retranscrit par ce DVD qui respecte également le léger grain de l’image d’origine.
Son
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La présence d’une piste française 5.1 apparait comme un gadget purement inutile vu que l’on ne sent quasiment pas la différence avec la stéréo. Le caractère intimiste d’une œuvre centrée sur les dialogues ne nécessitait aucunement une spatialisation ne faisant de toute façon jamais intervenir les enceintes arrière ou le caisson de basses.

Par Norman06
Beau film intimiste et onirique, qui n’est pas le meilleur de Philippe Garrel (plus inspiré avec Les Amants réguliers) mais regorge de moments de poésie et d’intense regard filmique. Superbe noir et blanc. Dans la lignée des films de chambre du cinéma français (Les Enfants terribles), une œuvre qui se mérite, et fut injustement victime d’une cabale de ricaneurs au Festival de Cannes.