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La vieille fille - la critique

La vie par procuration

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- Durée : 1h35mn
- Titre original : The old maid
- Année de production : 1939

Cette adaptation d’un roman d’Edith Wharton est un mélodrame bouleversant porté par le jeu de la fabuleuse Bette Davis et la réalisation racée de Goulding.

L’argument : Au XIXème siècle à Philadelphie, par souci des convenances, une femme de la bonne société doit se faire passer pour la tante de sa fille illégitime. Elle ne recueille de la part de sa progéniture qu’indifférence et mépris.

Notre avis : 1939 restera comme une année faste dans la carrière du cinéaste Edmund Goulding, grand spécialiste du mélodrame lacrymal. Effectivement, il vient juste d’achever le tournage de son chef d’oeuvre Victoire sur la nuit (1939) où Bette Davis perdait la vue et il retrouve aussitôt sa muse avec cette Vieille fille (1939) adaptée d’un roman d’Edith Wharton. On y retrouve d’ailleurs tous les thèmes chers à l’auteur du Temps de l’innocence : l’obsession du mariage, la description d’un univers aristocratique dont l’étroitesse d’esprit fait frémir, le sacrifice des femmes sur l’autel d’une morale bien pensante sclérosante, ainsi que le goût pour les tragédies dissimulées sous le vernis de la bienséance. Cette oeuvre se pare même des atours d’une critique sociale puisque les personnages ne peuvent jamais prétendre franchir les barrières entre classes - on ne mélange pas, par exemple, les enfants de conditions différentes. Le métrage nous replonge également avec un certain talent en cette fin XIXème siècle où être une femme signifiait encore être prisonnière de son père, puis de son mari. Une époque d’une grande rigidité sur le plan moral, au point d’étouffer toutes les passions, même les plus exaltées.
Edmund Goulding, avec une grande sensibilité, s’empare de ce drame féminin et réalise un de ses meilleurs films. Délicate et racée, sa réalisation est un parfait écrin pour ses deux interprètes féminines, alors au sommet de leurs carrières respectives : Miriam Hopkins est divine en vipère jalouse s’accaparant tous les honneurs au détriment de sa cousine, tandis que Bette Davis s’investit corps et âme dans un contre-emploi total. A la fois rigide, terrible et follement désespéré, son personnage souffre en silence toutes les humiliations. Bouleversante de bout en bout, elle nous laisse médusé et étranglé par l’émotion. Grand film de femmes, La vieille fille est un mélodrame flamboyant qui ne peut laisser de marbre par la grâce de son écriture et la profondeur psychologique de ses personnages. Loin d’être un simple tire-larmes pour dames seules et désoeuvrées, ce très beau portrait d’une victime d’un système injuste devrait vous émouvoir au plus haut point, alors préparez vos mouchoirs !

Virgile Dumez


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