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Victoire sur la nuit - la critique

L’amour rend aveugle

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- Durée : 1h44mn
- Titre original : Dark victory
- Année de production : 1939

Chef d’oeuvre indémodable du mélodrame hollywoodien, ce très beau film est dominé par la divine interprétation de Bette Davis qui confirmait ici son statut d’actrice majeure.

L’argument : Judith Traherne, une femme de la haute société, apprend qu’elle est atteinte d’une tumeur au cerveau et qu’il ne lui reste plus qu’une année à vivre. Sur les conseils d’un ami entraîneur de chevaux, elle est décidée à profiter pleinement du temps qui reste, et épouse Frederick Steele, le médecin qui avait diagnostiqué son mal.

Notre avis : Alors que le studio Warner était plutôt spécialisé dans le film d’action et le thriller, ses dirigeants ont souhaité élargir au milieu des années 30 leur registre. Ils engagèrent alors le cinéaste d’origine anglaise Edmund Goulding, connu pour être un excellent directeur d’acteurs et un créateur sensible. Si son association avec Bette Davis - star féminine de la compagnie - n’a pas été immédiatement concluante (La femme errante de 1935 est un peu trop conventionnel pour convaincre pleinement), elle trouve son aboutissement dans ce qu’il convient d’appeler la trilogie mélodramatique constituée de Victoire sur la nuit (1939), La vieille fille (1939) et Le grand mensonge (1941). Assurément le meilleur des trois, Dark victory peut aisément être considéré comme un des meilleurs mélodrames du cinéma hollywoodien. Le film a d’ailleurs connu un immense succès à sa sortie et Bette Davis a raté l’Oscar uniquement à cause de la lourde concurrence que représentait Autant en emporte le vent cette année-là.
A partir d’une classique histoire de jeune fille qui apprend qu’elle est la victime d’une maladie incurable qui la rendra aveugle avant de l’emporter dans la tombe, Edmund Goulding prend le temps d’étudier la psychologie des personnages afin de montrer leurs forces et leurs faiblesses. Ainsi, si Bette Davis est tout d’abord présentée comme une capricieuse fille de grand bourgeois, elle se révèle peu à peu bouleversante lorsqu’elle prend conscience de sa mort imminente. De même, les réactions de son entourage ne sont pas uniformes et font preuve d’une grande maturité de traitement. Dans le rôle du médecin amoureux, George Brent s’avère très à l’aise, tandis que la jeune Geraldine Fitzgerald s’impose sans mal en meilleure amie de la malade. Mais Dark victory ne serait pas aussi bouleversant sans la prestation remarquable d’une Bette Davis au sommet de son génie. De chaque plan, l’actrice dévore la caméra et fait ressentir toutes les émotions de son personnage à travers de simples regards. Edmund Goulding a su mettre discrètement en valeur le jeu de sa star et son approche intériorisée du mélo décuple l’effet de cette histoire magnifique sur l’amour et la mort. D’une beauté rarement atteinte dans le genre (à part peut-être dans les années 50 par Douglas Sirk), Victoire sur la nuit est une autre preuve de la vitalité artistique d’Hollywood en cette fin des années 30.

Virgile Dumez




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