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Le criminel - la critique + le test DVD

Mon nazi bien-aimé

- Durée : 1h35mn
- Titre original : The stranger
- Année de production : 1946
- Sortie du DVD : 6 octobre 2010

Seul film véritablement commercial d’Orson Welles, Le criminel surclasse sur bien des points tous ses concurrents de l’époque et s’impose comme une œuvre diaboliquement efficace.

L’argument : Wilson, inspecteur de police chargé de retrouver les criminels de guerre allemands, fait relâcher Meinike, ancien chef d’un camp d’extermination, et le surveille jusqu’à Harper, village américain où l’Allemand retrouve son ancien supérieur, Franz Kindler. Franz, vivant sous le nom de Charles Rankin, est devenu un honorable professeur d’université et épouse Mary, fille du respectable juge Longstreet. Pour éviter les indiscrétions de Meinike, Charles le supprime. Wilson mène l’enquête...

Notre avis : Lorsqu’il accepte de tourner Le criminel en 1946, l’acteur et réalisateur Orson Welles cherche avant tout à prouver aux grands studios américains qu’il est capable de réaliser une œuvre de commande classique comme tous ses collègues cinéastes. Effectivement, l’artiste a déjà connu de nombreux déboires avec ses films précédents. Non seulement son chef d’œuvre Citizen Kane a été un terrible échec au box-office, mais son second long La splendeur des Amberson a été amputé et charcuté par les producteurs, tandis que son projet intitulé It’s all true a été carrément abandonné en cours de tournage. Dans une situation désespérée, le réalisateur accepte donc de tourner n’importe quel script afin de se refaire une santé financière et de retrouver une certaine crédibilité auprès des investisseurs.

Mission en grande partie accomplie grâce au très gros succès commercial remporté par Le criminel (1946), seul long-métrage d’Orson Welles à avoir rapporté de l’argent lors de sa toute première exploitation en salles. Il faut dire que le réalisateur a mis tous les atouts de son côté : un scénario très adroit de Victor Trivas, retravaillé par un certain John Huston (non crédité au générique), une superbe photographie expressionniste en noir et blanc de Russell Metty (remarqué pour son travail l’année précédente sur Les forçats de la gloire de William Wellman) et enfin un casting quatre étoiles. Dominé par la présence magnétique d’Edward G. Robinson, le couple formé par Orson Welles et Loretta Young fonctionne à merveille. Le premier impose sans problème une présence menaçante, tandis que la seconde interprète avec conviction une femme rongée par le doute.
Outre une maestria visuelle qui rappelle à chaque seconde la supériorité de Welles sur tous ses concurrents de l’époque (magnifiques angles de prises de vue, amples et complexes mouvements d’appareil), Le criminel se révèle une analyse pertinente de toute forme de fascisme. Planqué dans une petite ville américaine sans histoire, l’ancien nazi incarné par Welles incarne à lui seul le danger qui menace toute démocratie : celle-ci nourrit en son sein une idéologie qui vise à sa propre destruction. En cela, Welles démontre que la tyrannie commence déjà à l’intérieur de la cellule familiale avant de contaminer le reste de la société. Grâce à une efficacité redoutable, Le criminel s’impose donc comme une œuvre majeure de l’après-guerre, d’autant qu’il s’agit du tout premier film à inclure des images des camps d’extermination. Considéré par Welles lui-même comme son film le plus faible, ce suspense psychologique n’a absolument rien de honteux. Sans être la meilleure réalisation de son auteur, il n’a aucunement à rougir de la comparaison avec l’ensemble du cinéma américain commercial de l’époque.


Le DVD
Très souvent édité et généralement massacré par d’indignes transferts, Le criminel a enfin trouvé une galette à la hauteur de nos attentes.
Les suppléments

Aucun bonus, c’est la dure loi de cette collection à petit prix.

Image

Si quelques défauts de pellicule subsistent encore (quelques petites rayures de temps à autre), la copie proposée est suffisamment propre, contrastée et clairement définie pour emporter l’adhésion. Certains plans sont même d’une beauté à couper le souffle.

Son

La version originale sous-titrée en mono se distingue par une belle clarté des dialogues et un arrière-plan sonore relativement ouvert. On ne peut pas en dire autant de la version française, dont les voix, peu naturelles et plutôt choquantes, semblent étouffées. De toute façon, les acheteurs potentiels ne pourront sans doute pas imaginer écouter Orson Welles autrement qu’avec sa magnétique voix de basse.

Virgile Dumez

Biographie

Citizen Welles

Le génie qui a bouleversé l’histoire du cinéma.

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