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Le hérisson - la critique

Qui s’y frotte reprend vie

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L’adaptation de L’élégance du hérisson a donné naissance à une première œuvre exquise qui permet à Josiane Balasko, dans une composition touchante, de décrocher l’un des meilleurs rôles de sa carrière.

L’argument : L’histoire d’une rencontre inattendue : celle de Paloma Josse, petite fille de 11 ans, redoutablement intelligente et suicidaire, de Renée Michel, concierge parisienne discrète et solitaire, et de l’énigmatique Monsieur Kakuro Ozu.

Notre avis : Le roman de Muriel Barbery vient d’accoucher d’une adaptation cinématographique. Une forme d’audace pour une œuvre pour le moins très littéraire et particulièrement verbale et intimiste, qui ne se prêtait pas forcément à la déclinaison sur le grand écran. C’est Mona Achache qui s’est attelée au défi de la transposition par l’image pour un premier film qui aurait pu s’avérer casse-gueule, mais qui finit par toucher par sa belle fluidité artistique et son humanité.
Se nichant au cœur d’un immeuble bourgeois parisien, notre hérisson métaphorique pourrait-être la jeune narratrice qui rédige un journal intime vidéo avant son suicide programmé, avec la perspicacité philosophique d’une adulte mûre et brillante. Cela pourrait être également la concierge, cette veuve vivant dans le déni de toute féminité et de toute sociabilité, repliée sur une bibliothèque d’évasion, qui lui permet d’oublier la vacuité d’une existence transparente. Ces deux personnages centraux, complètement en retrait par rapport au microcosme élitiste qui les entoure, se présentent comme des réactions contradictoires à des stéréotypes - la gamine refuse l’avenir tracé que son statut social lui prépare ; la gardienne au contraire épouse ce statut pour faciliter son exclusion d’un monde pour lequel elle n’a plus vraiment d’affinités. Mais l’univers de clichés sur la haute-bourgeoisie névrosée (incarnée notamment par la mère de l’enfant par l’impeccable Anne Brochet) est ébranlé par une troisième personnalité, hérisson potentiel, le riche Kakuro Ozu. Celui-ci fait montre bien plus qu’une noblesse de portefeuille, mais bel et bien de noblesse d’âme en courtisant la concierge, abîmée par la vie, devenue laide et inconséquente dans sa solitude. En lui offrant la perspective d’un conte de fée, magnifié à l’écran de magie et de poésie cinématographique à cheval sur la culture japonaise, le mystérieux Asiatique vient chambouler le déterminisme du récit linéaire de l’immeuble. Il offre notamment une alternative de vie aux objectifs suicidaires de l’enfant, qui à sa manière, s’acheminait vers une rébellion contre l’ordre social établi en décidant de mettre un terme à son existence.
Jouant magnifiquement avec les stéréotypes et la bienséance, la réalisatrice, comme dans le roman, se permet d’infiltrer un immeuble (en fait, un beau décor reconstitué en studio) où les personnalités s’isolent dans leur appartement, tout en se retrouvant reliées les unes aux autres grâce à quelques éléments métaphoriques qui s’échappent (poisson mort dans des toilettes qui retrouve la vie au rez-de-chaussée, tentative d’escapade répétée d’un matou, prêt de la robe d’une défunte à la concierge pour son rendez-vous galant...). L’interaction entre chaque étage se fait dans la discrétion alors que chacun, y compris les plus riches, vit reclus dans sa prison mentale (la solitude post deuil de M. Ozu et de sa nouvelle bien-aimée, les névroses de la femme d’intérieur bourgeoise et évidemment la jeune ado qui réfute son appartenance à ce milieu...). Outre l’aspect métaphorique qui unit cet univers fécond, on notera l’élégance de la mise en scène pour lier ces destins sans éclat, mais tous attachants. Par touche de perspicacité et d’empathie, Mona Achache approche brillamment ses personnages, saisissant le meilleur de ses comédiens, tous parfaits, en particulier la jeune Garance Le Guillermic, adulte avant l’heure, et Josiane Balasko, dans un rôle mûr et dramatique à classer parmi les plus grandes compositions de l’actrice avec Trop belle pour toi et Cette femme-là. Au final, on peut s’interroger sur la sortie estivale de pareil petit bijou, si mal distribué au début des grandes vacances alors que sa grande fraîcheur méritait sûrement un moment plus opportun dans l’année pour capter une plus grande attention.

Frédéric Mignard

Le choix du rédacteur




Les avis des internautes

 

> Le hérisson - la critique

Par roger w

Absolument superbe, ce premier long métrage révèle un beau tempéremment de cinéaste. Chassant sur les terres d’un Patrice Leconte, elle impose sa petite musique avec une telle sensibilité que l’on ne peut en ressortir quetroublé et profondément ému. Le tout est soutenu par un jeu sobre et bouleversant du casting. La jeune fille est formidable et répond à merveille à une Josiane Balasko toujours aussi juste. Du plaisir à l’état pur.

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Par esdez

Savoureux moment,pur plaisir que la mise en histoire de ces personnages qui sont notre vie, enfermés dans leur bulle ,dans notre bulle où, depuis notre enfance nous tournons comme dans un aquarium cylindrique. Combien d’entre-nous sortent "vivant" de ce cycle infernal ? Fils tenus entre les personnages et "leur histoire", intreprétation irréprochable de la concierge (qui m’a fait penser à Coluche et son tchao pantin)ambiance et narration m’ayant rappelé le doux désespoir du "mari de la coiffeuse", enfin, cette vérité si feutrée ,si crue mais tellement présente qui nous (...)

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