Entre poésie, théâtre et cinéma, Rohmer se balade et impose un archaïsme bucolique d’un modernisme étonnant.
L’argument : Un jeune berger, Céladon, est repoussé par sa fiancée, Astrée, qui s’imagine qu’il la trompe. Désespéré, il se jette dans un torrent. Le courant l’emporte et le dépose dans une plaine, où il est recueilli par des Nymphes, reines de la contrée...

Notre avis : Imperturbable Rohmer ! A l’épreuve des contraintes commerciales et artistiques du cinéma contemporain, le cinéaste de quatre-vingt-sept ans revient à ce qu’il sait faire de mieux, célébrer la jeunesse par le vers. Il promène le lyrisme de ses dialogues dans un décor panthéiste luxurieux et pétillant de sons où tout est d’une exquise beauté bucolique. Le poids des rimes devient libération pour chaque comédien emporté par le charme de ce qu’il récite avec légèreté et aisance. Aussi inconséquente soit-elle, l’historiette relatée ici, qui permet au cinéaste de revenir à des protagonistes post-pubères après s’être avancé dans des sujets plus adultes avec L’Anglaise et le duc et Triple agent, est une magnifique ode à la vie symbolisée par une jeunesse vigoureuse et tonique et une nature fraîche d’un autre temps. Sans crier gare, il se joue des genres masculin/féminin lors d’un final shakespearien où le thème du travestissement déploie sensualité et confusion - la sensualité du sein d’Astrée dépassant de sa tunique ; les traits androgynes du jeune Céladon. Tout un art rustique, pictural et verbal, magnifié par un auteur qui s’amuse de l’hésitation entre l’amour passionnel des uns et le désir de libertinage des autres. Un modernisme d’esprit remarquable pour un cinéaste vétéran dont le cinéma intemporel fait l’effet d’une eau de jouvence revigorante.

Le DVD
Cette édition du dernier Rohmer en date étonne par son extrême nudité au niveau des bonus. Décevant.
Les suppléments
Image & son
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Sauvé par l’éclat de ce film pastoral très lumineux, le master est plutôt propre, mais manque tout de même de précision dans son piqué. Rien de rédhibitoire pour autant vu l’absence de séquences sombres. Au niveau du son, l’éditeur se contente d’une piste en stéréo peu puissante, peinant à retranscrire les ambiances bucoliques du métrage. Comme étouffée, elle est loin d’être le point fort de ce DVD.
Cinéaste emblématique de la nouvelle vague, Eric Rohmer laisse derrière lui une oeuvre immense, personnelle et d’une rare délicatesse. Il vient de s’éteindre à l’âge de 89 ans.
Par Norman06
D’Eric Rohmer, on pouvait attendre mieux que cette œuvrette statique, qui souffre d’un manque de moyens évident, de plans fixes minimalistes stériles et d’un jeu d’acteurs à la diction monocorde (hormis le joli Andy Gillet). Mais la seconde partie, qui narre avec finesse un savoureux jeu de travestissement, permet de retrouver la verve du cinéaste des Contes moraux.