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Conte de printemps - La critique

La pluie et le beau temps

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- Durée : 1h52min

Rohmer ouvre le bal des quatre saisons avec un film frais et piquant, sur l’intrigue, le désir et la philosophie, et qui navigue avec un ton mutin entre la romance et le vaudeville.

L’argument : Pour ce premier conte des quatre saisons, "Conte de printemps", un chassé-croisé amical et amoureux entre un jeune professeur de philosophie et quelques personnages naviguant entre deux generations "libérées" de toute contrainte familiale.

Notre avis : Il est entendu que nous vivons dans un temps où il n’y a plus de saisons. Et pourtant, nous continuons de naître sous de bonnes étoiles, d’être mal lunés, de voir le cours des choses faire la pluie et le beau temps dans nos vies... Avec ce premier opus des Contes des quatre saisons, Rohmer rappelle ses personnages à l’essentiel : le hasard d’une rencontre, l’insouciance de quelques jours passés à la campagne. On parle de tout et de rien, du jardinage à la « vraie philosophie, tu veux dire la métaphysique ? », avec spontanéité et sans souci du temps qui passe. Conte de printemps est un modèle d’écriture scénaristique et de ciselage, poli et lissé jusque dans ses dialogues les plus anodins. Visuellement, le film conserve la trace de son époque, le début d’une décennie 1990 où les pantalons se portaient un peu trop hauts, et où la distance maximale que l’on pouvait parcourir un téléphone à la main était la largeur du fil. Mais l’impertinence des jeunes gens de Rohmer, qui font la grimace aux considérations morales frileuses des grandes personnes, en leur préférant les intrigues et les menus stratagèmes sans lendemain, cette impertinence-là a quelque chose d’intemporel et de plus détonnant ; et l’on s’étonne, en achevant le film, que la plate réalité ne soit pas plus excitante.

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© Les Films du Losange

Pour qui ne connaît pas le travail de Rohmer, Conte de printemps est une formidable introduction à l’œuvre du cinéaste, dans sa singularité et son raffinement - et sans le pompeux qui a pu parfois attirer à certains films des reproches de pédantisme... -. Entre autres principes : diction élégante, économie narrative dans une mise en scène soigneusement réglée, et pique morale finale, rigoureusement dépourvue de moralisme. La structure du conte, ici, n’a que faire des héros et de la mythologie ; elle s’émerveille plutôt des fables et des mystères simples, comme « l’affaire du collier » que raconte la jeune fille à la manière d’une histoire dans l’histoire. Davantage que Natacha la petite nymphe, tant muse que musicienne, on appréciera le jeu du couple impossible (le père de Natacha et Jeanne, la jeune et belle professeur de philosophie), sur le fil entre maladresse et maîtrise, comme si selon Rohmer, dont la passion pour les lettres et les beaux-arts était elle-même immodérée, les intellectuels toujours un peu gauches ne pouvaient être représentés qu’avec une pointe de moquerie. Moquerie bienveillante, s’entend, et la vraie leçon des scénarios de Rohmer tient peut-être à ce que c’est dans les moments les plus triviaux et les propos les plus quotidiens que survient la « vraie philosophie », celle qui sert de modèle pratique de sagesse. Sur son papier à musique, c’est bien un premier mouvement haut en couleurs que signe le réalisateur pour son concerto des quatre saisons.

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© Les Films du Losange
Camille Lugan




Biographie

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