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Les winners - la critique

Lutte ou crève !

- Durée : 1h46mn

Avec sensibilité et humour, le réalisateur Tom McCarthy s’intéresse aux conséquences de la crise mondiale sur la société américaine. Il en tire une œuvre faussement optimiste qui met à mal les fondements du modèle capitaliste.

L’argument : Un jeune athlète en fugue bouleverse la vie familiale et professionnelle d’un coach de lutte de lycée.

Notre avis : Remarqué grâce à ses deux premiers longs-métrages (The station agent en 2003 et surtout The visitor en 2007) qui ont su séduire le public des salles d’art et essai, l’acteur et réalisateur Tom McCarthy récidive dans le genre du cinéma indépendant avec ce Win win, présenté comme il se doit au festival de Sundance. Avec un titre pareil et une histoire qui se situe dans le milieu sportif, on pouvait légitimement craindre un énième mélo vantant la réussite personnelle par le biais du sport. Heureusement, le réalisateur évite la plupart des pièges tendus par le pitch de départ en s’éloignant de tout sentimentalisme à chaque fois qu’il guette. Ainsi, la figure paternelle incarnée avec sensibilité par Paul Giamatti est loin d’être un personnage modèle. Certes acculé par la crise économique, cet homme n’hésite pas à tirer profit du malheur d’autrui (en l’occurrence un vieillard sénile interprété avec conviction par Burt Young, le cousin Paulie de la saga Rocky) pour pouvoir sortir sa famille de l’impasse financière dans laquelle elle se trouve. Loin d’être un philanthrope, cet avocat au bout du rouleau trouve effectivement une nouvelle raison de vivre lorsque le petit-fils du vieillard débarque dans sa vie. Toutefois, là encore, il instrumentalise le gamin en perte de repères familiaux pour le façonner à sa convenance.
On craint d’ailleurs pendant quelques temps que le cinéaste ne se désolidarise pas de l’attitude discutable du personnage principal tout en condamnant un peu vite la mère toxico du gamin. Là encore, McCarthy s’en sort en rejetant tout angélisme et en plaçant ses différents protagonistes face à leurs lâchetés et leurs responsabilités respectives. Cette richesse psychologique et thématique n’empêche nullement Win win d’être une œuvre souvent drôle et enlevée. Le réalisateur n’a pas son pareil pour dynamiter une scène dramatique et la transformer en une séquence comique (l’insuffisance respiratoire de Paul Giamatti lors d’un jogging bascule dans le burlesque en quelques secondes). Enfin, ceux qui ont en horreur les happy-end sportifs seront comblés puisque le réalisateur évite une fois de plus cet écueil. Si la famille de cœur est belle et bien réunie comme à la toute fin de The visitor, l’ultime scène invite le spectateur à un optimisme modéré puisque le personnage principal doit enchaîner les petits boulots pour s’en sortir. Image ô combien symbolique d’une Amérique décidément bien malmenée par la crise actuelle.

Notes :
- Le jeune acteur Alex Shaffer a réellement été champion de lutte dans l’Etat du New Jersey avant que sa carrière sportive soit brisée par une mauvaise blessure.

Virgile Dumez

Biographie

Tom McCarthy - notes biographiques

Une nouvelle figure du cinéma indépendant américain.

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