Hymne à la liberté, Spartacus demeure aujourd’hui un modèle du péplum à l’américaine, même s’il n’est assurément pas le meilleur film de son cinéaste.
L’argument : Italie, 73 av. J.C. Esclave devenu gladiateur, Spartacus est épargné par un de ses compagnons d’infortune dans un combat à mort. Ce répit soulève en lui plus que jamais le souffle de la révolte, et après avoir brisé ses chaînes, il enjoint les autres esclaves à faire de même. Rapidement à la tête d’une colossale armée, Spartacus entend rejoindre le port de Brides au sud du pays pour prendre la mer à bord des navires ciliciens. Mais l’Empire romain ne l’entend pas de cette oreille et lance ses légions à la poursuite des esclaves révoltés...
Notre avis : Alors que la vogue du péplum envahit les Etats-Unis depuis notamment le triomphe de Ben-Hur (1959), l’acteur-producteur Kirk Douglas décide de porter à l’écran l’histoire de Spartacus, d’après le roman éponyme d’Howard Fast. Fortement romancée, l’aventure de ce révolté est adaptée par le scénariste Douglas Trumbo, pourtant mis sur la liste noire pour communisme. Son implication dans le script étonne moins lorsque l’on sait que les Marxistes ont souvent pris la figure de Spartacus comme symbole de la première révolte du prolétariat contre la classe dirigeante. Cette simplification historique se retrouve dans le métrage final, en très large partie hagiographique puisque le vrai Spartacus n’hésita pas à faire tuer des centaines de soldats romains sans s’embarrasser du moindre scrupule. Contrairement au film, il est mort au combat et n’a vraisemblablement pas connu d’histoire d’amour romantique. Ces libertés prises avec la grande histoire n’entament pourtant pas les nombreuses qualités d’une œuvre pourtant désavouée par tous ses participants.

Effectivement, le tournage fut chaotique avec le départ du réalisateur Anthony Mann pour différend artistique avec Kirk Douglas. Pourtant, les deux scènes qui restent aujourd’hui intégrées dans le métrage final sont impeccables (il s’agit des séquences dans les mines et l’entrainement des gladiateurs). La star choisit de le remplacer par le très jeune Stanley Kubrick avec qui il a déjà tourné le chef d’œuvre Les sentiers de la gloire. Ce premier film de studio de Kubrick sera aussi son dernier en tant que simple exécutant car, n’ayant pas obtenu le final cut, son bébé s’est vu amputé d’un bon quart d’heure à cause d’une violence excessive (quelques plans gore réintégrés dans la version intégrale) et surtout d’une scène à l’homoérotisme prononcé. Malgré une production chahutée, Spartacus est aujourd’hui considéré à juste titre comme un modèle du péplum à l’américaine. Mêlant adroitement romance, action et message humaniste, cette plongée dans l’histoire romaine bénéficie de dialogues savoureux et de prestations d’acteurs inoubliables : Laurence Olivier est impeccable en tyran, Charles Laughton jubile dans le registre de l’ironie cinglante, tandis que Peter Ustinov excelle en traître veule et arriviste, ce qui lui a permis de remporter l’Oscar du meilleur second rôle. Enfin, le couple formé par Kirk Douglas et Jean Simmons réussit sans peine à émouvoir, notamment lors d’une dernière séquence à la beauté tragique et touchante.

Malgré ces énormes qualités, on peut regretter que le cinéaste ne soit pas parvenu à imposer une vision personnelle. Habitué à transcender les genres qu’il a abordé, Kubrick se contente ici d’aligner les figures imposées sans en modifier le contenu. Même sa réalisation, d’ordinaire si reconnaissable, semble soluble dans la norme hollywoodienne traditionnelle. Ce manque d’investissement explique sans nul doute le fait que ce génie du septième art refusait de considérer Spartacus comme faisant partie intégrante de son œuvre. Pourtant, il n’y avait pas de quoi rougir.

Par Norman06
Considéré à l’époque comme une œuvre mineure de Kubrick, ce qui n’est pas entièrement faux, le film séduit par sa maîtrise technique et ses digressions subtiles (les séquences entre Olivier et Curtis). Dans le genre, un modèle non dépassé.