Efficace dans ses scènes d’action, Taken est une ode involontaire à une certaine idéologie sécuritaire. Inepte.
L’argument : Que peut-on imaginer de pire pour un père que d’assister impuissant à l’enlèvement de sa fille via un téléphone portable ? C’est le cauchemar vécu par Bryan, ancien agent des services secrets américains, qui n’a que quelques heures pour arracher Kim des mains d’un redoutable gang spécialisé dans la traite des femmes. Premier problème à résoudre : il est à Los Angeles, elle vient de se faire enlever à Paris.
Notre avis : Réalisateur reconnu pour l’efficacité de sa mise en scène sur Banlieue 13, Pierre Morel se trouve à nouveau à la tête d’une production Besson, tirée d’ailleurs d’un scénario co-écrit par le nabab du cinéma français. Une fois de plus, l’histoire n’est qu’un prétexte pour lâcher dans la nature un homme redoutable assoiffé de vengeance. Transformé en implacable machine de guerre, ce père de famille à la recherche de sa fille enlevée par des malfrats est prêt à tout pour protéger le fruit de ses entrailles. Nobles intentions qui se muent ici en une vendetta d’une extrême violence, ce qui devrait ravir les aficionados du genre. Les autres seront souvent consternés par le propos plus que douteux du film. Là où un Death sentence (James Wan) arrivait il y a peu de temps à renvoyer dos à dos bourreaux et victimes dans un bain de sang plutôt jubilatoire, Taken fonce tête baissée dans une idéologie sécuritaire fort malvenue. Devenue terre inhospitalière, la France semble gangrénée par les immigrés, qu’il faut éradiquer de la surface de la planète afin de sauver une gosse de riche américaine pourrie et gâtée. Enervant.
Malgré ce propos déplacé, il faut reconnaître une fois de plus le savoir-faire d’un réalisateur qui signe quelques séquences d’action spectaculaires et à la lisibilité confondante. La scène dans le chantier, ainsi que la poursuite sur les quais de la Seine sont deux morceaux de bravoure qui décoiffent. Malheureusement, pour ces quelques moments volés, combien de passages gnangnan avec cette jeune fille belle et superficielle dont le rêve ultime est de rencontrer sa chanteuse favorite, combien de minutes douloureuses à regarder notre « héros » torturer un méchant albanais à la gégène - image qui renvoie tout de même à une page peu glorieuse de notre histoire nationale. Formellement impeccable, Taken n’est donc qu’une machine de guerre décérébrée, dont le sous-texte, sans doute involontaire, devrait en déranger plus d’un.
Les affiches internationales du film

Le DVD
Une édition EuropaCorp standard pour une production calibrée.
Les suppléments
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Le bonus le plus substantiel est le commentaire audio du cinéaste, accompagné de son chef opérateur et du responsable des cascades. L’exercice est honnête, quoique monotone, mais au moins s’avère toujours riche en infos diverses. Le reste des compléments est beaucoup plus indigent, malgré un petit poids quantitatif.
Cette édition propose ainsi un making-of de 19 minutes, purement promotionnel partagé entre des scènes de tournage (quelques cascades) et des interventions de Pierre Morel et des comédiens Liam Neeson et Maggie Grace (Fog et Lost), qui joue le rôle de sa fille kidnappée. Tout ce beau monde est bien trop démonstratif en compliments pour être sincère.
On passe ensuite à une minute quarante trois de module complètement inutile sur l’entraînement de Liam Neeson, durant lequel le cinéaste nous répète, comme dans le making-of, que l’acteur britannique a bel et bien effectué tous les combats et qu’il a gagné en aisance physique durant le tournage. Sans blague ! Complémentaire, le document intitulé Scènes de combat présente quelques chorégraphies de baston à l’arrachée, sans aucuns commentaires. Du remplissage de deux minutes. Vient par la suite la comparaison storyboard / film. Durant trois minutes le cinéaste se gausse d’avoir retrouvé à l’écran ce qu’il avait schématisé trois mois plus tôt sur papier. On est content pour lui, mais nous on s’ennuie un peu. Enfin 5 minutes de reportage nous convient à l’avant-première de Taken à l’UGC Ciné Cité Bercy, avec micro-trottoir à l’appui. Attention, it could be you !
On notera l’absence de la bande annonce (pourtant longtemps proposée sur les DVD EuropaCorp), y compris sur l’édition blu-ray qui reprend à l’identique les suppléments proposés ici.
Image & son
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L’image, très contrastée et profonde dans ses noirs, a bénéficié d’un traitement de qualité.
Les pistes sonores proposées sont variées. Outre les pistes stéréo en V.O. et V.F., on remarquera surtout la présence d’un DTS puissant en français, alors que la version originale, à privilégier pour les sauts de langue, doit se contenter d’un 5.1 bien fichu, mais nettement moins folichon que la piste française.

Par Frédéric Mignard
Un point de départ guimauve pour, à l’arrivée, un film d’action solide. Néanmoins Pierre Morel peine à faire passer les couleuvres d’un script pas très convaincant. Il aurait pu sûrement mieux faire. Son B 13, en tout cas, nous l’avait déjà montré.