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Taking off - la critique + le test DVD

Vol au-dessus d’un nid de hippies

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- Durée : 1h33mn
- Sortie du DVD : 23 mars 2011

Dotée d’un humour pince-sans-rire, cette comédie évoque le mouvement hippie et ses répercussions avec une clairvoyance étonnante. Un document sociologique précieux.

L’argument : Larry Tyne traverse une crise de la quarantaine bien canalisée par son psy, et son épouse Lynn joue parfaitement son rôle de femme au foyer de la moyenne bourgeoisie new-yorkaise. A plusieurs reprises, leur fille Jeannie fugue pour rejoindre un groupe de jeunes gens rassemblés autour d’idéaux alternatifs tels que la folk music, la libération sexuelle et les drogues douces. Lorsque Larry part retrouver sa trace à travers Manhattan, il découvre toute une population déviante, fait l’expérience de nouveaux mondes, de nouveaux lieux, et intègre un important réseau associatif de parents à la recherche de leurs enfants disparus...

Notre avis : Grâce au succès remporté par son second long-métrage Les amours d’une blonde (1965), le réalisateur tchèque Milos Forman se voit confier un budget par la compagnie américaine Universal afin de signer un petit film d’auteur sur la communauté hippie de New York. Appelant son ami Jean-Claude Carrière à la rescousse, le cinéaste se plonge dans le milieu hippie tel un ethnologue. Toutefois, il lui faudra pas moins de trois ans pour finaliser le script de Taking off, maintes fois repoussé par les événements de l’année 1968 (assassinat de Martin Luther King, mai 68 ou encore le Printemps de Prague). Finalement, Forman préfère se concentrer sur la génération des parents et oriente le projet différemment. Visiblement moins préoccupé par la communauté hippie qui passe son temps à fumer des joints, le cinéaste se met davantage à la place des parents de ces jeunes (il a lui-même 40 ans à cette époque) et dresse ainsi un portrait complet de la société américaine en pleine révolution des mœurs.
Avec un ton pince-sans-rire qui caractérisait déjà ses œuvres précédentes, Forman regarde avec beaucoup de distance ses personnages. Lorsqu’il parvient enfin à tourner son film, la révolution hippie est déjà sur le déclin et Taking off se fait brillamment l’écho de la récupération du mouvement effectuée par la société bourgeoise. Illustré par des chansons aux tonalités sombres et nostalgiques, le film indique déjà la mort programmée d’un rêve, d’une utopie, ici à l’agonie. Ainsi, le jeune chanteur hippie des dernières scènes avoue qu’il gagne très bien sa vie et qu’il compte investir son argent dans une affaire florissante. Cette scène en apparence anodine annonce déjà la victoire du capitalisme sur l’idéalisme. De même, les séquences où les parents cherchent à s’encanailler comme leur progéniture indique clairement que la révolution culturelle annoncée est déjà récupérée par une bourgeoisie conformiste.
Réalisé en totale indépendance, Taking off, par sa liberté de ton et ce qu’il dévoile d’une époque, s’impose comme un brillant document sociologique. Il témoigne aussi de l’évolution artistique d’un cinéaste qui s’inspire encore des œuvres de la nouvelle vague, avant de progressivement s’intégrer au système hollywoodien [1]

Un extrait : ICI


Le DVD
Une édition remarquable d’un jalon dans la carrière de Milos Forman.

Les suppléments

Comme toujours, le programme proposé par l’éditeur Carlotta est d’une incroyable richesse thématique. On débute le tour des bonus par une préface de Luc Lagier qui, durant 6 petites minutes, revient sur le contexte de la création de l’œuvre. Claire et concise, son intervention peut tout à fait être regardée avant le film. On continue avec un passionnant documentaire de trente minutes où Milos Forman (interviewé en 2000) détaille ses années de formation, sa période tchèque, puis les événements qui l’ont conduit à partir aux Etats-Unis pour réaliser Taking off. Le cinéaste, très agréable, est prodigue en informations. Le tout est complété par un entretien d’un quart d’heure avec Jean-Claude Carrière (scénariste du film et ami de Forman), qui revient avec nostalgie sur cette période de sa vie. En peu de temps, celui-ci nous donne un luxe de détails qui permettent de mieux comprendre encore l’état d’esprit dans lequel a été conçu le film.

Image

Certes, un léger grain cinéma et une définition pas toujours optimale subsistent. Toutefois, ces éléments respectent en grande partie les volontés esthétiques du réalisateur. Le master a bien été restauré et ne souffre d’aucun défaut majeur puisque points blancs, rayures et autres griffures ont été éliminés. On n’avait jamais vu ce film dans d’aussi bonnes conditions.

Son

Inutile de faire un tour sur la version française (une hérésie pour ce type de film) puisque tous ceux qui souhaitent (re)découvrir l’œuvre de Forman iront instinctivement vers la version originale sous-titrée. Celle-ci bénéficie d’un mono très correct, dans les strictes limites de ce format sonore.

Virgile Dumez

[1] Il faut souligner la présence dans le film de jeunes premiers appelés à connaître une plus importante carrière par la suite. Taking off est le tout premier film de Kathy Bates qui pousse ici la chansonnette. On aperçoit également furtivement la belle Jessica Harper, avant qu’elle ne soit repérée par Brian de Palma et son Phantom of the Paradise. Enfin, le film compte également la participation de Carly Simon qui deviendra peu de temps après une grande star de la chanson américaine.





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