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Un après-midi de chien - la critique

Les idiots

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Réalisé à partir d’un fait divers à la fois burlesque et tragique, un film culte moins indulgent qu’il n’y paraît.

L’argument : Trois apprentis gangsters braquent une banque à Brooklyn. Très vite ils ne sont plus que deux, et leur aventure tourne court : la police entoure l’agence et ils se trouvent enfermés dans la banque avec le personnel. La foule se presse et la télévision vient rendre compte en temps réel des événements.

Notre avis : Le film est connu - mais l’est-il pour les bonnes raisons ? Sa renommée de film social de gauche n’est-elle pas... hors sujet ? Et ne se pourrait-il pas que Sydney Lumet n’ait en rien fait une "fiction de gauche", comme le titraient les Cahiers du cinéma à la sortie du film, mais une parodie de hold-up plus déjantée et tragique qu’il n’y paraît ?
Car de quoi est-il question dans cet Après-midi de chien ? De cambrioleurs du dimanche. De deux bras cassés (sans parler du troisième, qui s’enfuit trop tôt pour qu’on puisse rire de ses bourdes) aussi inexpérimentés que stupides. De deux crétins naïfs - admirablement campés par Al Pacino et un John Cazale illuminé comme Antonin Artaud. Face à eux, les portraits de flics sont somme toute plus contrastés : il y a le sympa, débraillé et incompétent, et le très méchant, qui rappelle vraiment beaucoup un certain président de l’époque avec sa machoire carrée et une détermination qu’il n’a même pas besoin de formuler. Le tout va vers la tuerie, certes, mais entre-temps vont défiler tous les vilains canards du trottoir new-yorkais de ces années Nixon [1] : putes décaties et mères indignes, pédés gueulards de la grande époque et blacks afro... en cela le film organise avec humour et énergie une critique "de gauche" d’une société qui voit d’un sale œil tous ces marginaux apparaître tout d’un coup à la télévision - c’est-à-dire au grand jour. Mais Al Pacino aura beau faire, le temps des Robins des Bois est révolu, et balancer des dollars aux bras tendus de la foule ne sauvera pas son aventure du désastre.
Entre le fantastique Fury (Fritz Lang) et ses lynchages graves et le dynamisme moite de Spike Lee (Do the right thing), Dog day afternoon est un bon film au rythme parfois irrégulier. Il n’est pas, et c’est heureux, le film sympa qu’on veut y voir mais bien plutôt douze heures de la vie - et la mort - de deux idiots. Et peut-être est-ce là sa réussite : ne jamais sacrifier à l’esprit de gauche qui aurait mâtiné cette histoire vraie d’une inutile compassion pour ses personnages.

Max Robin

[1] Le film est tiré d’un fait divers survenu à Brooklyn en 1972, sous la présidence de Richard Nixon



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