Un goût de miel - la critique

L’apogée du Free cinema

Le 31 décembre 2012

Cette adaptation littéraire est un sommet du Free cinema anglais. Elle aborde des thèmes tabou à l’époque et permet de redécouvrir le talent de Rita Tushingham.

- Festival de Cannes 1962 : Prix d’interprétation féminine pour Rita Tushingham - Prix d’interprétation masculine pour Murray Melvin

- BAFTA Awards 1962 : Meilleur film britannique - Meilleur actrice britannique pour Dora Bryan - Meilleure révélation pour Rita Tushingham

L’argument : Jo, adolescente, vit seule avec sa mère Helen, qui se soucie plus se trouver un nouvel amant que de s’occuper de sa fille. Un jour, Jo vit une idylle avec un marin noir qui repartira en mer. Enceinte, abandonnée par sa mère qui s’est mariée, elle fait la rencontre de Geoffrey, un jeune homosexuel.


Notre avis : Avec Les chemins de la haute ville (Jack Clayton, 1959), Samedi soir, dimanche matin (Karel Reisz, 1960) et Le prix d’un homme (Lindsay Anderson, 1963), Un goût de miel constitue un jalon majeur du Free cinema anglais. Voulant rompre avec l’académisme des productions britanniques des années 50, ce mouvement se réclamait de l’héritage de l’école documentariste tout en prônant davantage d’engagement social dans le traitement des sujets et plus d’audace dans la description de la vie quotidienne.
Adapté d’une pièce de Shelagh Delaney, qui a collaboré au scénario, Un goût de miel s’avère ainsi subtil à narrer les déboires de deux femmes (mère et fille), issues d’un milieu populaire et victimes des préjugés de leur temps. Alors que les « Jeunes Turcs » de la Nouvelle vague française se complaisaient parfois dans l’apolitisme et le nombrilisme petit-bourgeois, les « Jeunes gens en colère » anglais se voulaient davantage critiques face aux injustices sociales, ce qui n’excluait pas une originalité de forme : Un goût de miel frappe par son exigence stylistique mais tente aussi de concilier réalisme psychologique (la visite dans un centre de planning familial) et échappées poétiques (la séquence de séduction sur le port), tout en établissant une passerelle entre un certain classicisme hollywoodien (Kazan, Ray) et la volonté de renouvellement esthétique des cinéastes européens des années 60 (Forman, Skolimowski). L’œuvre frappe aussi par le courage avec lequel Tony Richardson aborde des thèmes sensibles à l’époque : les familles monoparentales, la cohabitation hors mariage, les mères célibataires, les unions interraciales et surtout l’homosexualité : Un goût de miel est, avec Victim de Basil Dearden et La rumeur de William Wyler, produits la même année, un des tout premiers films à avoir levé ce tabou. L’œuvre est aussi l’occasion de redécouvrir Rita Tushingham, admirable dans le rôle de Jo, adolescente au visage ingrat mais au charme singulier : son interprétation fut récompensée par un Prix au Festival de Cannes et il faut regretter que peu de cinéastes (hormis Richard Lester ou David Lean dans Le docteur Jivago) sauront mettre en valeur son jeu sensible mais sans mièvrerie.
« On peut se demander s’il n’y a pas incompatibilité entre le mot cinéma et le mot Angleterre », écrivait François Truffaut. La beauté poignante de Un goût de miel n’est pas la moindre des contestations de cette idée reçue.

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Vos avis

  • , par JIPI

    Joséphine jeune collégienne en cravate et socquettes blanches joue du violon virtuellement pendant les cours, c’est une manière de se réfugier un peu plus longtemps dans le monde de l’enfance que les comportements de Helen (Dora Bryan) maman immature elle même en perdition sentimentale n’incite vraiment pas à quitter.

    Malgré cette ténacité à l’immobilisme, la sensualité attire cette jeune fille hors de son refuge, un marin mulâtre de passage est accepté dans un instant de désespoir ou dans une illumination soudaine on désire se construire dans les sentiments.

    Joséphine est une camera scrutant des adultes médiocres et égoïstes, leurs images se déforment dans un parc d’attraction, les plaisirs sont simples, irresponsables uniquement basés sur la thématique rencontrée, les acquis sont personnels ne prenant pas en compte les désarrois d’une jeune fille en pleine construction.

    Enceinte elle ne peut communiquer qu’avec un jeune de son age, cette génération cloîtrée, privé de modèles avance à tâtons dans la vie que par ses propres perceptions.

    Les jeunes se construisent, les adultes se détruisent. Joséphine entourée d’ingrédients hors normes ne veut être ni mère ni femme devant le spectacle d’un un beau père épisodique saoul se servant à table sans demander la permission.

    Tony Richardson filme remarquablement dans une grisaille anglaise aux portes du néo réalisme italien l’éclosion difficile d’un esprit, un changement de peau qu’une jeune fille doit effectuer seule ou en partenariat marginal.

    Cette laborieuse seconde naissance aux forceps a malgré tout l’avantage d’offrir par sa nouvelle lumière l’espoir d’une victoire à condition d’accepter l’inconnu.

    Un goût de miel est un film beau, rarissime que les parents se doivent de voir quand soudainement un de leurs enfants commence à claquer les portes de l’appartement dans un silence inquiétant.

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