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Durée : 2h05mn
Titre original : Kûki Ningyô
Entre légèreté de l’hélium et gravité du sujet, Kore-eda livre un film subtilement dérangeant, qui se veut avant tout une fable sociale sur les formes de la solitude dans la société japonaise contemporaine.
L’argument : Tokyo. Une poupée d’air habite l’appartement sordide d’un homme d’une quarantaine d’années. Elle ne peut ni parler, ni bouger, mais elle est la seule compagne de son propriétaire. Il lui parle, prend son bain avec elle, et lui fait l’amour chaque soir, en rentrant du travail. Mais un jour, le fantasme devient réalité : la poupée prend vie et développe des sentiments humains. Comme un nouveau-né, elle découvre un monde inconnu qu’elle aspire à découvrir.
Elle s’aventure alors dans les rues de la ville, fascinée par tout ce qu’elle voit, mais les gens qu’elle rencontre sont incapables de lui expliquer ce que veut dire “être en vie”... C’est en poussant la porte d’un vidéoclub qu’elle obtient enfin une réponse : elle fait la connaissance de Junichi, le vendeur, et tombe aussitôt amoureuse de lui. La poupée est embauchée au magasin et noue chaque jour des liens de plus en plus forts avec Junichi : ils vont ensemble au cinéma et sillonnent la ville ... comme un couple.
La poupée est parfaitement heureuse jusqu’au jour où elle se coupe la main par accident et se met à dégonfler devant Junichi...

Notre avis : Quoi de plus inquiétant et d’étrange qu’un être que l’on croyait inanimé, et qui prend vie sous vos yeux ? Entre la poupée Coppélia des contes d’Hoffmann, Pinocchio et le cybersexe, la créature que balade Hirokazu Kore-eda dans ce conte de la vie moderne apparaît à la fois fragile et perturbante ; vacillant sur ses deux jambes frêles, elle déambule au milieu d’un quartier banal et gris du Japon contemporain, et croise sur son chemin une galerie de dépressifs, d’exclus et de paumés qui lui rappellent qu’elle a été conçue pour « résoudre le désir »... Car c’est le thème central d’Air Doll (thème qui semble en fait hanter nombre de cinéastes japonais d’aujourd’hui, si l’on en croit le très beau Tokyo Sonata) : la solitude urbaine des individus repliés sur eux-mêmes après un accident, une rupture ou un drame familial. Dans un tel monde, les poupées sont encore les seuls êtres avec lesquels il est possible d’entretenir un rapport, même si, de manière ironique, ce sont également des objets dont l’on dispose à volonté. Le corps lisse et imberbe de la poupée Nozomi dérange le spectateur, peut-être parce qu’il apparaît comme le fantasme perdu d’un vert paradis de l’enfance, dont rêve une société malade... Pour cette créature venue à la vie, Pygmalion est introuvable : le monde se partage entre les gens bienveillants, mais impuissants, et les losers. Avec insistance, Kore-eda brosse ainsi l’isolement dans ses formes parfois inattendues, non sans le risque de faire perdre au film son souffle premier. Au vu de leur nombre, certains portraits sont nécessairement plus maîtrisés que d’autres, provoquant un rire dont il n’est pas sûr qu’il ait été programmé par le réalisateur... La force d’Air Doll réside dans un certain malaise soigneusement entretenu tout le long du film, et qui maintient l’ambivalence du ton : devant la maladresse de la poupée, que ponctuent ses prises de conscience fulgurantes (celle par exemple de n’être qu’une femme-objet), on ne sait véritablement s’il faut trouver le spectacle touchant ou monstrueux. De fait, ni la grâce, ni la noirceur ne l’emportent finalement, ce qui ne manque pas parfois de faire entrer le rythme général dans une monotonie mélancolique frôlant malheureusement la lassitude. La deuxième partie du film, en particulier, est une étrange combinaison de méditation et de mélodrame, malgré quelques scènes puissantes qui réussissent à relancer l’attention. Reste que, dans l’ensemble, Kore-eda a su signer un objet curieux, dont la force d’interpellation tient aussi à l’interprétation singulière, entre réelle maturité et puérilité simulée, de Doona Bae, qui donne à ses gestes désarticulés un discret caractère érotique. Voilà qui est tout entier à l’image de cette fable aérienne : troublant.
Notes : Le nouvel OVNI cinématographique de Kore-eda est adapté d’une bande-dessinée japonaise publiée en 2000 et intitulée The Pneumatic Figure of a Girl de Gouda Yoshiee. Il s’agit d’un véritable défi pour le réalisateur qui a plutôt l’habitude de tourner des oeuvres naturalistes. Ici, il se laisse aller à une fantaisie nouvelle pour lui. A vous de juger sur pièce ce tournant dans une carrière déjà riche de films remarquables. A noter que le film a été présenté au festival de Cannes dans la section Un certain regard.

Par Claude Rieffel
S’aventurant, non sans humour, dans le domaine de la sous-culture populaire du manga sans chercher à s’en dédouaner par une distance ironique, le film de Kore-eda prend le risque d’assumer une forme délibérée de naïveté constamment menacée par la mièvrerie ou l’excès de lisibilité. C’est à ce prix qu’il réussit à intriguer et même à troubler en profondeur. Il est vrai que ça tourne un peu à vide par moments mais le côté pas complètement fini participe aussi du charme bizarre et déroutant de Kûki (...)
Par roger w
Très original, mais aussi très lent et parfois franchement ennuyeux, le film de Kore-eda séduit par la nostalgie et la poésie qui s’en dégagent. On notera aussi l’incroyable prestation de l’actrice qui joue à merveille les poupées désarticulées. Un très joli film, donc, mais qui souffre vraiment d’un rythme languissant.
Par Jujulcactus
On ne comptera pas le retard qu’a mis Ocean films pour sortir le film japonais sur les écrans français plus d’un an après sa présentation à Cannes en 2009 et de nombreux reports. L’impatience quand à découvrir le nouveau travail du merveilleux réalisateur qu’est Hirokazu a donc été bien accentué, et après la projection le bilan est un peu contrasté... Le moins que l’on puisse dire c’est que le réalisateur du magnifique « Nobody Knows » et de l’authentique « Still walking » sait se renouveller puisqu’il met (un peu) son soucis du réalisme de (...)