Une 3D souvent virtuose, des plans parfois à couper le souffle de beauté... malheureusement le classicisme de ce conte ancestral et le pathos qui l’accompagne calment l’enthousiasme.
L’argument : Une nouvelle adaptation d’Un Chant de Noël, le célèbre conte de Charles Dickens qui raconte l’histoire d’Ebenezer Scrooge, un vieil homme bougon et avare qui a consacré sa vie à accumuler des richesses. La veille de Noël, trois fantômes viennent lui rendre visite. L’un représente le Noël présent, un autre le passé et le troisième incarne le Noël du futur. Tous trois vont lui faire comprendre l’importance de la rédemption...
Notre avis : Jim Carrey dans un conte de Noël, cela évoque Le Grinch (2000), pour mémoire l’une des comédies de Noël les plus ringardes, uniquement formatée pour les Anglo-saxons (d’ailleurs le film de Ron Howard connut un triomphe aux States et un semi-échec en France). Que tous ceux qui haïssent les pitreries et les grimaces du comique se rassurent, Le drôle de Noël de Scrooge est l’anti Grinch.
Copyright Walt Disney Pictures France
Spectacle bien plus adulte dans son esthétique, son rapport à la mort et à la solitude, cette énième adaptation du conte de Dickens (A Christmas Carol n’affiche pas les mêmes ambitions artistiques que le Grinch. Ce dernier, fait d’artifices de pacotille, de figures stéréotypées, était un produit sans âme et sans vie, et représentait l’un des points bas des productions enfantines hollywoodiennes). Sans culminer au sommet du genre, à cause de défauts bien prévisibles, Scrooge est toutefois une surprise plutôt agréable, quand, pour être honnête, on partait avec tous les aprioris au monde.
Avec une volonté très « burtonnienne » d’échapper au spectacle pour les tous petits, Zemeckis qui n’a jamais dissimulé un certain goût pour la noirceur, livre un spectacle visuellement enthousiasmant, dont le relief conduit à une tourbillonnante danse des sentiments qui pourra faire très peur aux très jeunes enfants. L’histoire de Scrooge, l’impitoyable radin décharné, qui a vécu une vie de haine et de ressentiment vouée au simple culte du veau d’or, est une course contre la mort, dernier effort pour sauver l’âme du vieillard d’un sort lugubre : la damnation et l’errance dans l’antichambre de l’enfer. On aperçoit d’ailleurs un superbe plan de Londres hanté par des centaines de spectres tourmentés. Sa rencontre avec trois esprits assez lugubres, les esprits des Noëls passés, présents ou à venir (tous les trois incarnés par un Carrey méconnaissable, surtout en VF, où son omniprésence - il interprète aussi le rôle d’Ebenezer -, passe quasiment inaperçue) ne sera pas des plus rassurantes pour la petite jeunesse. En particulier l’esprit d’ombre, forcément de mauvaise augure, qui représente la mort de Scrooge. Grande faucheuse, elle jette un voile morbide sur le film, qui trouve alors ses scènes les plus audacieuses, toutes dédiées à une fantaisie obscure.
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Cependant, pour ceux qui connaissent le récit de Dickens, le pathos lié à la rédemption d’un être abject et le classicisme d’une histoire complètement dépassée sont forcément d’énormes points faibles dont Robert Zemeckis n’arrive pas à se dépêtrer. Même avec les technologies les plus performantes, le cinéaste ne dépasse jamais le classicisme ambiant des précédentes adaptations et livre donc un spectacle en demi-teinte. L’homme à qui l’on doit Roger Rabbit et la trilogie des retour vers le futur revient pour la 3e fois consécutive à la performance capture, une technique qui permet de donner un habillage en images de synthèse au jeu réel des comédiens, dans des décors 100 % synthétiques. La modernité des effets spéciaux, fluides et féconds en idées visuelles ingénieuses, ne fait finalement que renforcer l’appartenance du conte à un autre temps, celui du Londres mythique du 19e siècle (la nouvelle, Un chant de Noël a été initialement publiée en décembre 1843). La précision des images donne une vivacité aux textures de la vieille capitale, le vieux bois devient palpable, tout comme chaque élément du passé. Pis, la croyance aux esprits et le message final (en gros « God bless you »), fera sourire les plus cartésiens des jeunes spectateurs.
En résumé, à quelques yeux vitreux près (le regard creux des personnages ne passe toujours pas en 2009), la performance capture et la 3D ont un bel avenir devant eux ; Zemeckis, après Le Pôle Express (2004) et La légende de Beowulf (2007) fait bien de perséverer dans cette voie. Il lui reste à trouver sujet plus original et valeureux, et surtout authentiquement adulte.


