Une parabole poignante sur l’angoisse de l’abandon, entre drame naturaliste et thriller domestique.
L’argument : Raquel fête son anniversaire chez ses employeurs où elle travaille comme bonne à tout faire depuis plus de vingt ans. Lorsque sa patronne lui annonce l’arrivée de Mercedes qui doit l’aider dans ses tâches, Raquel le prend très mal et commence à exercer une pression psychologique néfaste sur son entourage...
Notre avis : Après un joli succès au festival de Sundance où son jeune réalisateur est reparti avec le Grand Prix du Jury et le Prix du meilleur film étranger, La nana s’est aussi distingué durant l’été 2009 au festival de Paris Cinéma avec la récompense du public. Des prix qui démontrent bien le capital de sympathie que génère cette petite production chilienne, forte de l’interprétation névrosée de son interprète principale, la fameuse « bonne » du titre.
« La nana », c’est une vieille fille qui veille sur le quotidien d’une famille depuis 20 ans et qui progressivement vire vers l’aigreur et une forme de folie, alors que ses employeurs essaient de lui imposer la présence d’une autre employée de maison pour la seconder.
Avec intelligence, Sebastian Silva, obsédé par sa propre expérience des domestiques depuis sa toute jeune enfance, fait alors basculer son film dans un climat de tension qui va en s’accentuant, se faisant ainsi l’écho de la confusion permanente de son personnage principal. Trop seule et repliée sur elle-même, « la nana » s’est coupée de sa famille de sang pour des raisons opaques ; dépourvue d’amis et de vie individuelle, elle s’est trouvée une place fragile au cœur de cette famille qui s’est attachée à sa présence. Aussi, quand une concurrente vient s’approcher de son foyer de substitution, le regard exorbité, elle s’affole, considérant comme menace toute intrusion extérieure.
Sans jamais s’adonner à une dramatisation excessive, le cinéaste évite les écueils du cinéma de genre pour privilégier la vraisemblance psychologique, parvenant ainsi à nous toucher, malgré un glissement certain vers l’inquiétude que la multiplication des incidents provoque. Au tableau d’une personnalité perverse et malade (on est loin de l’ambiance fascinante de The servant de Losey), Sebastien Silva met en scène avec une bonne dose de naturalisme, les angoisses d’un individu, saisi de vertiges face à la perspective d’abandon.
Personnage haut en couleur, cette domestique a perdu, de par son immersion totale au sein de sa « famille d’accueil », tous ses maigres repères : ses patrons la considèrent comme étant de la famille et elle devient la seconde mère des enfants, du moins celle qui les a élevés... Elle est en marge de la société qu’elle côtoie à distance, à travers l’observation de la vie de ses employeurs et de leur progéniture. Un retrait volontaire de la part d’une femme qui réfute l’idée de fonder un jour son propre foyer, annihilant sa propre sexualité qui finalement est réduite au lavage des draps souillés de l’ado de la maison, qu’elle doit laver mécaniquement. Sans passion, ni même désir.
Aussi, La nana est une passionnante parabole sur la complexité des relations humaines à travers un panel de personnages restreints et pourtant exhaustifs dans la liste des rapports sociaux que les êtres peuvent tisser entre eux. Alors que le boulot et la hiérarchie se conjuguent à la famille et à l’amitié, le ton inquiète, puis nourrit une forme de tendresse à l’égard d’une personnalité aussi trouble que troublante dont la profonde tristesse ne laissera personne indifférent.
