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L’étrange affaire Angélica - la critique

L’essence du cinéma

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Un récit insolite, intemporel et austère, qui a valu une standing ovation au centenaire Oliveira lors de sa présentation cannoise en ouverture de Un certain regard.

L’argument : Dans les années 1950, les gérants d’un hôtel demandent à un photographe de prendre en photo leur fille récemment décédée...


Notre avis : On sait que Manoel de Oliveira a dû attendre la soixantaine pour se consacrer pleinement à son art cinématographique et qu’il rattrape désormais le temps perdu, sortant du tiroir des projets enfouis qui n’avaient jamais abouti. Tel est le cas de ce récit intemporel, qu’il aurait pu filmer dans les années 50, et qu’il n’a guère modifié, ignorant délibérément les évolutions technologiques (appareil photo et trucages numériques). L’étrange Affaire Angélica est un bel objet surréaliste, qui n’aurait pas déplu à Breton ou Buñuel, par son traitement charnel et poétique de la nécrophilie et des amours entre mortels et immortels. L’obscur objet du désir que constitue la jeune morte pour le photographe surmené révèle ici l’intérêt de Oliveira pour les passions déviantes et les mystères non dévoilés. Comme dans Amours de perdition ou Francisca (ses sommets créatifs), le cinéaste adopte le ton de gravité avec cette pointe d’impassibilité qui n’atteint pas le ridicule mais donne à l’œuvre un aspect décalé et étrange. Il en est de même avec ces trucages anachroniques, plus proches, on s’en doute, de Méliès que de Cameron, et qui servent à merveille cette fantasmagorie du désir amoureux ; on peut y voir aussi un hommage aux grands cinéastes de l’amour à mort féérique, du Hathaway de Peter Ibbeson au Cocteau de La Belle et la Bête. Enfin, on appréciera ces discussions scientifiques entre notables, qui constituent une savoureuse digression au sein du récit et confirment le goût de Oliveira pour les longs dialogues intellectuels autour d’une table (Un film parlé, Belle toujours). Même si d’aucuns préfèreront d’autres jalons de sa carrière (Val Abraham), L’étrange Affaire Angélica est l’essence même de l’art de Oliveira et le réalisateur centenaire a bien mérité sa standing ovation à l’issue de la séance d’ouverture de Un certain regard.

La bande-annonce :

Gérard Crespo




Les avis des internautes

 

> L’étrange affaire Angélica - la critique

Par Frédéric de Vençay

Beau récit d’une simplicité biblique, qui n’hésite pas à employer des trucages hors d’âge et à une mine de références littéraires/picturales poussées pour atteindre à sa singulière poésie. L’ensemble reste plutôt austère, exigeant, ennuie par moments, touche par d’autres, renvoyant à une philosophie de vie profonde et mûrement pensée (la belle séquence des "derniers" bêcheurs, qui annonce la disparition d’un monde). A découvrir, quitte à ne pas adhérer à l’accueil critique dithyrambique qu’on lui tresse depuis sa présentation à (...)

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