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La chair et le diable - la critique

Garbo forever

- Durée : 1h52mn
- Titre original : Flesh and the Devil

Modèle du mélodrame à l’américaine, ce chef d’œuvre flamboyant installa Greta Garbo au panthéon des grandes stars mondiales et connut un triomphe amplement mérité. Essentiel.

L’argument : Leo et Ulrich sont deux amis de longue date. En permission, Leo rencontre la belle Felicitas à la gare. Ebloui par sa beauté, il la retrouve au dancing d’où ils partent ensemble discrètement. Le Comte, son mari, dont elle n’a pas parlé à Leo, fait irruption dans la chambre et défie Leo en duel...

Notre avis : Le cinéaste Clarence Brown a déjà de nombreuses réussites à son actif lorsqu’il entre à la MGM (société à laquelle il restera fidèle jusqu’au bout) en 1926. Dès son premier long-métrage réalisé pour la firme, il se retrouve à la tête d’une importante production adaptant un roman de l’écrivain allemand Hermann Sudermann et intitulée La chair et le diable. Grâce à un budget conséquent pour l’époque (autour de 373 000 dollars), le cinéaste peut réunir John Gilbert, un des acteurs les plus populaires du cinéma muet, et la jeune Greta Garbo qui débute cette année-là sa carrière hollywoodienne après avoir illuminé de sa présence envoutante le cinéma européen. Le couple, pour la première fois réuni à l’écran, fait des étincelles, aussi bien à la ville qu’à l’écran. Tombés amoureux sur le plateau, les deux stars ne cessent de se dévorer des yeux devant la caméra complice de Clarence Brown qui ne demandait pas tant d’investissement de la part de ses acteurs. Le cinéaste a su en tout cas habilement tirer parti de cet amour flamboyant.
Sur un script qui respecte les grandes lignes du mélodrame classique (amitié indéfectible entre hommes, femme tentatrice et amours impossibles), Clarence Brown déploie un savoir-faire technique impressionnant. Chaque plan ou mouvement de caméra semble indispensable pour raconter au mieux cette belle histoire de désir fou, au point que l’on arrive ici à une sorte de perfection rarement atteinte dans le cinéma. D’une beauté esthétique fulgurante, La chair et le diable bénéficie d’une photographie somptueuse, de décors tout bonnement magnifiques et gracieusement mis en valeur par une mise en scène sans cesse inspirée. Que ce soit le duel en ombres chinoises, les nombreux plans de baisers langoureux entre les amants maudits ou encore le final sur l’île enneigé, le réalisateur signe un nombre incroyable de séquences anthologiques gravées à jamais dans notre mémoire cinéphile. Pas étonnant que Greta Garbo soit devenue une icône après le triomphe amplement mérité de ce chef d’œuvre indémodable car le cinéaste la filme dans toute sa beauté glacée. A la fois femme passionnée et calculatrice, la belle Greta incarne à elle seule l’éternel féminin, parvenant à sublimer le moindre plan où elle apparaît. Dans un rôle pas si évident, le superbe John Gilbert trouve un emploi à sa mesure et forme avec Garbo un couple inoubliable.
Enorme succès dans le monde entier, La chair et le diable a permis de renflouer les caisses de la MGM tout en assurant un bel avenir à Greta Garbo et à son metteur en scène fétiche, Clarence Brown. Le destin plus sombre de John Gilbert (il sombra dans l’alcool après le passage au parlant à cause de sa voix, peu adaptée au cinéma sonore, et mourut quelques temps plus tard à l’âge de 36 ans) ne fait qu’ajouter au caractère tragique de son personnage cinématographique.

Un extrait : ICI

Virgile Dumez

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